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4
sur 5

Le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage est célébré de tous côtés, le groupe Malavoi (dont le nom rappelle une rue de l’île de Gorée, une des plaques tournantes de ce que fut le commerce triangulaire) est de la partie. Avec un titre très parlant, qui fait référence aux légendaires nèg’marrons en fuite à l’époque de ce sanglant business où 12 à 15 millions d’africains furent déportés vers les Caraïbes et les terres voisines. C’est de cet établissement forcé qu’est né d’ailleurs, vue sous certains angles retrictifs, la musique riche et variée qui inspire la formation. De la mazurka à la biguine, du calypso à la valse, du jazz au mambo, une palette large qui donne une force indiscutable à leur répertoire. Un repértoire qui incarne surtout la rencontre de deux mondes: celui des colons planteurs et celui des esclaves. Pour symboliser ce croisement, l’ensemble créole a invité toute la crème de la chanson antillaise, de Marie-Josée Alie à Jean-Philippe Marthély (ex-Kassav), en passant par Dédé St-Prix, auxquels s’est joint aussi Jean-Jacques Goldman.

Cette belle brochette d’artistes apporte un souffle nouveau au big band, qui confirme son rôle de conservatoire/laboratoire des musiques Caraïbes, entamé depuis plus de 25 ans. Malgré la diversité de couleurs des 14 morceaux de ce nouvel opus, l’esprit Malavoi à l’ancienne domine toujours. Notamment grâce à l’accompagnement instrumental où les lignes de violon omniprésentes -véritable marque de fabrique de l’Orchestre- s’adaptent au registre qui se veut virevoltant ou nostalgique, selon les humeurs, de l’album. Parmi les bons moments, citons la reprise en version salsa de Syracuse, l’inoubliable chanson d’Henri Salvador, chaudement interprétée ici par Pipo Gertrude, le crooner qui remplace Ralph Tamar depuis son départ du groupe. Quant à la présence de Jean-Jacques Goldman, elle se traduit par un beau duo avec Edith Lefel sur une ballade légèrement intitulée Chanson d’amour. Dans un style élégant, qui se démarque du zouk tapageur et qui s’inscrit profondément dans l’histoire et la culture des Antilles. Avec cet album, Malavoi s’affirme une nouvelle fois de plus comme l’ambassadeur de la créolité musicale.

Shimedj Ismaèl