Louise Vertigo chante. Les disquaires la rangent sans aucun doute dans ce rayon qui nous irrite avant même toute écoute : la variété française. Mais Louise Vertigo cultive un univers à des années sorcières des pitreries musicales du genre télé-réalité. Dans son monde de magiciens tranquilles, tout droit sorti d’un tableau de Max Ernst, se croisent en effet fées mutines et moines agnostiques, bandits d’honneur et fantômes romantiques, poules sauvages et chiens amoureux. Ils se retrouvent d’ailleurs parfois autour d’un verre de sirop d’orgeat ou de liqueur de framboise, à moins qu’il ne s’agisse d’un Calvados hors d’âge. La dame était connue pour sa verve trip hop, presque « lounge »… Elle a inauguré sa voix avec le Bob Sinclar d’avant la soupe, à l’époque de son French Kiss. Puis a continué en 2001 avec l’orfèvre Kid Loco, l’esthète du sample public Rubin Steiner et bien d’autres invités de son deuxième album : Louise Vertigo. Une pirouette facile serait de la comparer à Etienne Daho, pour sa patte branchouillette ou sa voix limpide et néanmoins plus travaillée. Ou à Brigitte Bardot de l’époque Gainsbourg, rien que pour le titre Initials BB de ce nouvel opus sorti juste à l’aube de l’été 2007.

Mais il vaudrait mieux, en vérité, se contenter d’écouter, par exemple ce Nohant remixé, dont sort tout juste le clip en cet automne. Elle, l’ex égérie de la scène electro frenchy très cool, en devient une fille du Berry, attachée à sa terre d’origine non pour ses paysans bérichons mais pour ses torrents, ses forêts et sa magie quelque peu incivile. Il y a peut-être de la naïveté, chez l’artiste, à vouloir à ce point fouiller ses propres démons plutôt que ceux de son temps. La musique, d’ailleurs, n’a plus grand chose de trip hop, très acoustique entre guitare sèche et violoncelle sur le pouce. Reste juste une certaine langueur, et une légèreté que l’on découvre plus profonde à chaque passage de l’album. Les Branches des arbres se soulèvent n’a rien de renversant. Mais le vent que l’on y ressent a quelque chose d’agréable, bizarrement hors temps. Au point que l’auditeur pour lequel la variété de qualité se résume à des types comme Bashung et des femmes comme Jeanne Moreau se dit qu’il serait bien venu qu’un tel album puisse trouver son public. Oui, ce serait moins désespérant. Ce serait beau.

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