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4
sur 5

Louie Austen est un vieux monsieur autrichien, qui n’a rien à voir avec l’Autriche réactionnaire et endormie décrite par Thomas Bernhard dans ses livres. Car monsieur Louie Austen est resté jeune et il chante comme un crooner sur de l’electro-house-techno, celle concoctée pour lui par Mario Neugebauer et Patrick Pulsinger (Chicks on Speed, Church of Euthanasia). Louie Austen a travaillé avec Al Green, Art Farmer et Judy Davies dans les 70’s-80’s aux Etats-Unis, et a gardé de ces expériences hyper-mainstream un chant emphatique et rétro, des mélodies langoureuses et expressionnistes, mais toujours contrastées par la froideur synthétique des machines et les lourdes rythmiques des beatboxes Roland.

Après un album lo-fi sur le micro-label viennois Cheap (suite à une rencontre improbable dans le club de boxe local), Louie Austen entre dans la cour des grands avec ce deuxième opus très produit, très carré, très efficace, en licence chez Kitty-Yo. Entre les montées à l’octave grandiloquentes de Louie et les programmations electro de ses deux producteurs, Only tonight devrait cartonner à Ibiza cet été, coincé entre Copa de Hell et la balearic house d’usage. Pas très loin des dernières saillies modernistes de Tom Jones, le « concept » Louie Austen s’apparenterait à une légitimation de la musique de « djeunzes » par les vieux, le crédit de leur expérience rejaillissant sur la culture club hédoniste et tendance d’aujourd’hui. Comme une mascotte rétro, une caution du passé, qui nous permettrait d’apprécier le présent sans trop de culpabilité.

Dans le genre, c’est assez réussi : le phrasé parlé-chanté de Louie se pose à merveille sur des rythmiques binaires (Hoping, dont un remix de Matthew Herbert devrait sortir ce printemps) ou déstructurées (Hear my song). Entre « La croisière s’amuse » (Amore ) et l’urbanisme techno-hip-hop (Grab my shaft, avec la péchue Peaches en guest), Louie Austen et sa clique juvénile abordent les différents aspects de la dance-music avec naturel et ironie. De titres très premier degré à un succédané moqueur de Music de Madonna, Only tonight a le sens de la dérision (de l’auto-dérision aussi), se posant comme pur objet formel, critique, mais qui a oublié d’être ennuyeux.

Le prochain album de Count Indigo devrait ressembler un peu à Louie Austen : un clone de Sinatra sirupant sur de la musique électronique, le mariage du chaud et du froid, un mélange inédit d’ampleur vocale et de fréquences aigues. Pas très loin non plus de Barry White (sur Only you), dans cette façon de susurrer d’une voix très grave des mots tendres à l’oreille de l’auditeur, de l’auditrice. Bref, un album qui se laisse écouter, qui peut faire danser, et qui représente bien plus qu’un album de dance-music : un individu incarnant un concept, c’est plutôt rare…