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sur 5

Après les Incontournables, les Essentiels, Les Grands Pianistes du 20e siècle, Les Meilleurs du Plus Fort, voilà les Absolus ! On ne sait pas bien ce que cela veut dire, mais en tout cas voilà deux disques de bonheur absolu. Premiers de cette collection, les disques consacrés à Robert Casadesus, dont on fête le centenaire de la naissance (et pourquoi pas les 27 ans de sa mort ?), sont les bienvenus dans une discographie d’une rare qualité. De Bach en passant par Mozart à Brahms et Debussy, tout lui a réussi avec la partition comme garante.
Casadesus est un nom qui, dans l’histoire du spectacle, est largement reconnu depuis le début du siècle : chaque époque a eu son (ses) Casadesus. Mais Robert Casadesus est celui qui a certainement le plus contribué à la réputation du nom. Connu internationalement, il était plus particulièrement célèbre aux Etats-Unis. Sa collaboration avec les plus grands chefs, Toscanini, Bernstein, Ormandy, Mitropoulos, Szell, tous installés aux Etats-Unis, constituent une mine pour les maisons de disques.
Tout d’abord, le Concerto n°4 sonne ici avec une fougue (sacré Bernstein), une simplicité, une immédiateté, une légèreté qui redonnent à Saint-Saëns un côté romantique. Cela est à la fois ferme (dans le 3e mouvement, la ré-exposition du thème au piano) et poétique (arabesques du 2e mouvement) ; à n’en pas douter, cela constitue un modèle de perfection, de maîtrise instrumentale (il était un grand virtuose). Son enregistrement de la Ballade de Fauré est également d’une très grande réussite : avec un toucher extraordinaire cette pièce, qui n’est pas du meilleur Fauré, devient, grâce à la vigueur, à la détermination des interprètes, une sorte de divertissement musical de haute tenue.

Les Variations symphoniques de César Franck et la Symphonie sur un chant montagnard de d’Indy constituent l’une comme l’autre deux œuvres qui tentent de rénover le concerto classique. Ici, le piano se découvre un nouveau rôle : chez Franck, le climat lisztien, le romantisme, les modulations donnent encore à l’œuvre un tour romantique, presque allemand, tandis que d’Indy, Français parmi les Français, s’attache à faire du piano le peintre, le coloriste et non le meneur, le formaliste de l’œuvre. Casadesus et Ormandy font preuve d’une sérénité et d’un véritable talent de conteur, capables d’envolées, de détails, comme deux orateurs enthousiastes qui ont plaisir à parler, à être ensemble. Un vrai régal.

Le 2e CD est consacré à des œuvres à 2 ou 3 pianos. Que dire de la fusion, de l’entente entre Robert et Gaby (sa femme, épousée en 1921) Casadesus. Il est impossible de distinguer qui joue quoi. Chabrier, avec son humour si gracieux, si peu méprisant (C’est un Auvergnat « monté » à Paris), si peu cynique alors qu’on est en pleine fin de siècle. Les 3 morceaux en forme de poire de Satie, justement célèbres, sont joués avec ce qu’il faut d’humour, sans aucune facilité. Quant au concerto écrit par Casadesus, très french touch, c’est un complément de choix, tout simplement le digestif le plus raffiné qui soit.
Ce programme entièrement français doit être connu de tous, et dire que chaque interprétation de Casadesus constitue la référence n’est pas trop excessif.

* Camille Saint-Saens : Concerto pour piano et orchestre n°4 en ut min. op.44 (1)
Gabriel Faure : Ballade pour piano et orchestre, op.19 (2)
César Franck : Variations symphoniques pour piano et orchestre (3)
Vincent d’Indy : Symphonie sur un chant montagnard français (4)
Emmanuel Chabrier : Trois valses romantiques à 4 mains (5)
Erik Satie : Trois morceaux en forme de poire, à 4 mains (6)
Claude Debussy : En blanc et noir, pour deux pianos (7)
Robert Casadesus : Concerto pour 3 pianos (8)