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3
sur 5

Premier album de la séduisante Leila sur sa petite mobylette (voir pochette), premier album attendu d’une chanteuse-bricoleuse hors du commun sur un label hors du commun -le dernier qu’on aurait imaginé sortir ce genre de choses, Rephlex étant plutôt coutumier des Analogue Bubblebath (Aphex Twin) et autres géniaux Mike and Rich. Bref, la petite se débrouille bien avec ses machines, même si le chant (masculin ou féminin) est parfois un peu désagréable. On pense souvent à Tricky en l’écoutant, pour les structures molles et cassées, les voix en lambeaux, la soul du futur, comme ils disent. Mais la musique de Leila est plus fraîche, avec le brin de naïveté en plus qui fait passer la pilule quand le chant est insupportable : parce qu’on a quand même droit à des extraits de New Jack lo-fi (le fait est que tout est homemade) qui feraient vomir s’ils étaient produits à Los Angeles.

Heureusement, il y a des titres qu’on jurerait être des chutes de studio de My Bloody Valentine, et là, ça atteint des sommets : Space, love en est l’exemple le plus frappant, magnifique morceau ambient et bruyant, noyé sous des tonnes de distorsion. L’influence du « Patron » (c’est comme ça que ses roadies apellent Johnny Halliday !), en l’occurrence Richard James (Aphex Twin) est frappante sur Melodicore (non, on ne parle pas de Fugazi, essayez de suivre) et sa petite rythmique excitée. Enfin, avec Away, la jeune fille se paie son quart d’heure funk, debout sur le lit en chemise de nuit et c’est rigolo. Difficile de dire si le disque est complexe ou pas, disons d’une complexité naturelle et d’une simplicité tourmentée : comme le temps.