Pourquoi pas entamer le printemps avec un album aux couleurs résolument hivernales ? Mais de cette sorte d’hiver qui n’oublie pas les ciels bleus et le grand soleil, même sous le givre et les frimas… Le quatrième album du nantais d’adoption Le Coq est cet album. Sur D’arradon, Le Coq semble avoir pris la vitesse supérieure et, surtout, avoir transporté sa musique de chambre dans une sorte de maison de campagne où les portes seraient grandes ouvertes aux amis. Si ses albums précédents relevaient du labeur artisanal – en solitaire, voire en tandem – celui-ci regorge d’interventions de musiciens gravitant autour du label Effervescence ou de la scène nantaise en règle générale.

L’hiver, disions-nous. On le retrouve dans les clochettes tintinnabulantes et les choeurs harmonieux à la Beach Boys de l’idéalement titré Décembre, qui plante en quelques lignes économes le décor d’un court-métrage où la passion rime avec l’indétermination. Même saison dans le velours épais de Dimanche de chien, arrangé façon Tindersticks des débuts, où Erwan Fauchard, compère et arrangeur du présent disque, fait des merveilles, parvenant à donner un spectre élargi et sans cesse évoluant, tournoyant à cette chanson qu’on qualifiera de western gothique, à défaut d’expression plus appropriée et aussi pour rendre hommage à Richard Brautigan, qui a inventé ce genre en littérature (avec le roman Le Monstre des Hawkline). Histoire de coller davantage à l’image d’Epinal de cette époque de l’année, on retourne à des figures plus conventionnelles avec Je sais faire tomber la neige, sorte de chevauchée épique à la Dominique A mais avec une retenue toute en tension qui vise juste.

Une des forces principales de Le Coq, plus que jamais, réside dans sa faculté qu’il a de s’affranchir de l’ornière d’une certaine chanson française, tel ses amis et collègues Bertrand Belin ou Sing Sing, ayant réussi à faire la synthèse entre chanson, rock, jazz, musiques savantes et du monde. Ainsi, on trouvera au long D’Arradon un instrumental (Afro project), soutenu par le violoncelle expérimental de Ben Jarry, d’obédience africaine. On flânera sur une inattendue ode à l’ennui (L’Ennui me convient) avant de voir débouler des monstres sacrés comme ce King Kong (marquant la première collaboration de Le Coq avec Stéphanie Gaillard, de El) qui prend des airs non pas de film horrifique mais de chant d’amour enlevé, filant tel un tapis volant. Sur ce disque, l’heure est à la surprise ludique, au contre-pied qui n’étouffe pas sous le concept sursignifiant : la sortie des sentiers battus favorisée par Le Coq se fait suffisamment opérante pour que l’on rêve que la formule fasse école et qu’à ce trio de francs-tireurs vienne se greffer autant de déserteurs de la nouvelle chanson française radotante.

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