Chro : C’est la cinquième édition de La Ferme électrique. Pouvez-vous nous expliquer les origines du festival ?

François Nemeta : Nous organisions des petits concerts locaux dans la salle des fêtes de Tournan depuis quelques années, et avions envie de faire un vrai festival pour jouer et faire jouer les groupes des copains, un peu plus tard que d’habitude… Pourquoi aller à Paris pour écouter du bon son, alors qu’ici il y a la place, et qu’il n’y a pas trop de risque de gêner les voisins du dessous… On avait le matos, on avait le soutien de la mairie, l’occasion s’est créée, on a investi une partie de cette ferme un peu laissée à l’abandon, on a effectivement invité les groupes de copains et Pan, on s’est lancé, il y a 5 ans.

On voulait créer notre festival à nous, alternatif, qui ne ressemble à rien d’autre, qui ne soit pas la énième copie d’un autre festival. Mais on n’avait pas vraiment les moyens. Du coup nos contraintes sont devenues nos atouts : on n’avait pas beaucoup d’argent, mais on avait des idées. La base du Do-It-Yourself, quoi. Donc avec des copains inventifs (le GRT) on a récupéré du mobilier, on a créé une sorte de grand salon, avec canapés, tables et lampes au milieu de cette grande grange… C’était assez magique. Tout le monde nous a suivi, la Mairie nous a aidé avec ses services techniques et ça a été un premier succès local. Du coup on a renouvelé plus sérieusement l’année suivante.

C’est un lieu assez éloigné de Paris… Que s’y passe-t-il le reste de l’année ?

Typiquement la question parisianiste… Hé ! Ho ! Faut passer le périph’ les amis !

C’est vrai que Tournan est au bout de la ligne du RER E, mais nous sommes à moins d’une demie-heure de gare de l’Est. Il y a plein d’endroits, intra-muros, qui se trouvent de fait plus isolés que nous…

À Tournan, il se passe pas mal de choses en fait. Cette ferme que nous investissons chaque année pour le Festival est également occupée par d’autres associations. C’est un vrai petit Centre Culturel, ouvert à tous. Dans le secteur de la musique, il y a un conservatoire où des gens de tous les âges viennent apprendre à jouer de la musique ainsi qu’un label de jazz très actif. Notre asso, Fortunella, gère des salles de répétitions où pas mal de groupes amateurs locaux viennent répéter pour pas cher. Quand on voit les tarifs pratiqués et l’accueil dans certains studios, on se dit que certains musiciens seraient bien inspirés d’aller à contre-courant, de fuir la grande ville pour venir répéter chez nous dans nos studios, à la campagne…

Alors, effectivement, ce n’est pas bien grand, mais il règne dans notre ville un petit air de province et une qualité de vie bien agréable. Mais pour mériter ça, c’est vrai qu’il faut passer le périphérique…

Le Festival est régulièrement monté en puissance, et vous avez frappé un gros coup l’année dernière avec Frustration, J.C. Satan, les Olivensteins… Comment gérez-vous cette nouvelle exposition ?

Je ne vais pas te mentir, c’est agréable de voir plein de gens, même des gros festivals ou des grands médias, s’intéresser à ce qu’on fait et commencer à nous prendre au sérieux. Mais bon, on garde la tête froide. C’est vrai que notre nom commence à être connu et qu’on reçoit de plus en plus de demandes de musiciens pour venir jouer… et là, la sélection est rude, il faut faire un énorme tri ! Parfois, certains groupes veulent passer chez nous aux mêmes tarifs que dans les gros festivals… On leur répond que ça ne va pas être possible… Parfois ils ont du mal à comprendre. Les groupes que tu cites ont accepté de venir chez nous en faisant des efforts, c’est une implication « donnant-donnant » : on ne les paye pas des fortunes, mais ils sont bien reçus, jouent devant un public de qualité, curieux et pas snob !


Le fait est que nous voulons maintenir des tarifs très abordables (le pass pour deux jours cette année, c’est 25€ pour 22 groupes) et notre structure est associative. Nous sommes limités en moyens donc , mais aussi en taille : on ne peut pas pousser les murs de l’étable, ni ceux de la grange, nos deux scènes. Donc on préfère accueillir notre public le mieux possible qu’accueillir le plus de public possible… Et ce n’est pas plus mal : nous n’avons pas vocation à devenir un énorme festival, nous voulons garder notre spécificité de « défricheurs », rester en marge des gros circuits, pour que les gens curieux viennent chez nous découvrir les groupes « pas vus à la télé » qu’on invite chaque année… L’idée de départ ne s’est pas perdue en route en tout cas depuis cette première édition :  on voulait un festival où il n’y ait pas les mêmes têtes d’affiches qu’ailleurs… Alors pour ça, c’est réussi, effectivement aucun risque : notre budget ne nous le permet pas !

Votre meilleur souvenir des quatre premières éditions ?

Probablement la montée en puissance de la dernière édition du festival.

On a senti que ça chauffait, que les gens attendaient le début du festival avec impatience, et on a été récompensé quand on a vu que le public appréciait largement notre implication, nos bricolages, installations, ainsi que les excellents groupes que nous avions à l’affiche… Chaque année, le chantier d’aménagement de la ferme est un super moment. C’est vraiment là que l’équipe s’amuse le plus. C’est comme une colo géante avec des artistes, des bénévoles de tous les âges, des gens du coin qui n’y connaissent rien en rock alternatif, mais qui s’impliquent sur le projet en y mettant toute leur énergie. Ça peut sonner un peu couillon mais c’est une super aventure au niveau humain aussi !

Outre les têtes d’affiche cette année (Movie Star Junkies, Oui-Oui, Jessica93…), quel(s) concert(s) êtes-vous impatient de voir ?

Hâte de voir ceux-là bien sûr, mais aussi Viking, Orval Carlos Sibelius, Noir Boy George, Enob, Schlaasss et puis aussi Keruda Panter !… Oh je vais te dire, tous les groupes que nous proposons cette année ont quelque chose qui me plaît, alors je vais faire ma langue de bois et dire que je n’ai pas de préférences ni d’a priori !!

Chaque année, une attention particulière est apportée à la déco… A quoi peut-on s’attendre cette fois-ci ? 

Sans tout dévoiler,  je peux te dire qu’il y aura probablement une pièce contemporaine écrite pour deux guitares électriques jouée au balcon de la grange, l’intervention d’un duo de country blues dans une calèche, un camping gratuit et une flopée de films rock’n’roll inédits diffusés dans notre petit cinéma… Et puis je ne sais pas comment c’est à Paris, mais par ici, la récolte de bois a été bonne. Alors comme on en a récupéré beaucoup, notre ferme devrait prendre des allures de ranch cette année !

La Ferme du Plateau de Tournan-en-Brie, 4 et 5 Juillet 2014

http://www.la-ferme-electrique.fr/