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4
sur 5

Ca fume, roule, cogne, accélère, rétrograde, explose, se calme puis repart de plus belle : c’est l’Effet Vapeur, trio electro-acoustique de haut vol et groupe phare de la toujours active ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire). Cinq ans après Pièces et accessoires, ces bricoleurs de génie mettent en orbite un déroutant micmac sonore capté en public à Montluçon, Grenoble, Lyon (terre natale de la galaxie arfique) et Oullins. Faire feu de tous bois et musique de tout son : Jean-Paul Autin (saxophones, clarinette basse, banjo et autres), Alfred Spirli (percussions) et Xavier Garcia (sampler) s’y emploient avec une imagination sans bornes, un sens aigu de la dramaturgie et une inspiration poétique qui fait de ces neuf pièces construites de bric et de broc autant de manifestes multicolores et originaux.

L’humour est omniprésent, l’invention semble ne jamais devoir prendre de pause ; la créativité est ici une attitude à temps plein, le chambardement et la surprise une véritable éthique. Ailleurs, ce sont des climats moins ludiques que mélancoliques qu’installent les trois musiciens, prompts à zapper d’une fantaisie abondamment outillée (Spirli, batteur tous-terrains, n’oublie jamais son équipement : tuyaux, jouets, rhombes, automates et compagnie) à une mélodie minimaliste obsédante, d’un groove au cordeau que ne renierait pas George Clinton à une longue méditation rythmique collective. Le trio semble par moments se démultiplier grâce aux infinies ressources des synthétiseurs et samplers de Xavier Garcia ; des fragments musicaux qu’il a collecté ici et là chez une foule de jazzmen ou classiques contemporains (entre autres : Arvo Pärt, Derek Bailey, Brian Eno, Quentin Rollet, Heiner Goebbels, les Recyclers ou Ligeti), il tire d’époustouflants montages et atmosphères mouvantes où se pose la voix lyrique du mélodiste Autin. Pièces et accessoires valait déjà le coup d’oreille, mais l’Effet Vapeur franchit avec cette seconde galette un nouveau cap. A l’heure où les chasseurs de mode glosent sans fin sur le futur électronique du jazz, ce trio invente un monde musical où se rejoignent fugitivement musique concrète schaefferienne et minimalisme contemporain, jazz et electro, souffle cuivré et circuits imprimés, ici et maintenant. Pareil projet mérite une audience internationale. Avec Je pense que…, L’Effet Vapeur prend quelques longueurs d’avance.