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4
sur 5

La réédition des albums de KMD est une bonne nouvelle. Avant la sortie de cet opus (Mr Hood date de 1989 et sort en 1991), Zev Luv Ex avait balancé quelques lyrics sur le fameux Gas face des Third Bass. Remarqués grâce à ce featuring (le titre devient vite un petit hit-single), les KMD -épaulés par Mc Serch et The Prime Minister Pete Nice- signent sur le label Elektra. L’atypisme des KMD est chose rare à l’époque, puisqu’ils arrivent à manier les mots de façon nonchalante et moraliste à la fois. Alors qu’à la même période, des « groupes cousins » comme A Tribe Called Quest ou Jungle Brothers se lancent dans un hip-hop joyeux et ouvert, KMD se place en parallèle sur une ligne conductrice similaire, mais y ajoute toutefois quelques gouttes acides de militantisme black fort bien placé. Subroc et son frère s’amusent ironiquement à détourner les clichés du bon petit nègre du Sud qui débarque à New York. Ce qui frappe tout suite à l’écoute de cet opus, c’est la violence malicieuse des mots. Une violence sous-jacente aux morceaux, qu’on ressent principalement dans des textes déliés, puisque l’album regorge d’un radicalisme volontairement ambigu. Très peu de groupes hip-hop ont su combiner un humour si spécial à des rhétoriques politiques si aisément placées sur les beats (Bananapeel blues : yeah I’m s’posed to have soul, yet I’m uncivil and cruel, and I come from apes, yet this monkey rapes, and I’m a babboon, then soon to be coon, and when I know this, I’m labelled a lunatic, racist rebel crazy Muslim, now face this monkey, truth is truth is what pays me, and can a Muslim be fooled, not nowadays bro!).

Les KMD maltraitent d’ailleurs leur « bouc émissaire » Sambo (un personnage caricatural bien connu des WASP des années 50) dans le clip du titre Who me ?, le plus beau single de Mr Hood. Sur certains titres, comme le magnifique Peach fuzz, le groupe s’amuse aussi, en délivrant leurs flows spéciaux sur une rythmique africanisée et des samples de synthés délicats. Les voix des deux MCs se posent mollement mais sûrement sur des sons qui doivent tout autant au jazz et à la soul qu’aux cartoons américains. On retrouve d’ailleurs quelque peu ce mélange de « sample cartoon vs hip-hop sombre » sur la galette d’acier Operation doomsday, réalisé par Zev Luv lui-même, qui officie aujourd’hui sous le nom de Mf Doom.

Le son des KMD n’a pas pris une ride. Qu’ils s’agissent de leur collaboration avec les Brand Nubian (un des groupes phares du hip-hop des années 90) sur Nitty gritty, ou des envolées sur les bonus track du CD (la superbe version Gas face refill et Nitty gritty rmx feat. Brand Nubian & Busta Rhymes), les KMD savent tordre la langue de l’Oncle Sam comme il faut. Sur une autre perle de l’album, Soulflexin, le posse se lance sur des mélopées envoûtantes, entraînées par une boucle sortie tout droit d’un morceau funk de New Orleans. Samples de basses ronflantes et pianos hypnotiques (Hard with no hoe, Gas face refill) ou beats sautillants (Figure of speech), le groove épais des KMD tient toujours la route en 2001.

On conseille cette œuvre à tout amateur de rap, quel qu’il soit. KMD demeure un groupe hip-hop de toute beauté, auquel le destin a joué de bien mauvais tours. La suite de leurs aventures se trouve sur leur second opus, Black bastards. Ce dernier, également réédité aujourd’hui, constitue d’ailleurs un des plus beaux albums hip-hop des années 90, et permet à KMD de se poser en hip-hoppeurs incomparables, à la fois rivaux majestueux et membres officieux des Native Tongues (Prince Paul, De La Soul, Jungle Brothers, Black Sheep, Queen Latifah…). KMD : a positive Kause in a Much Damaged society.