PARTAGER
5
sur 5

Eric Glambek (le petit brun effacé) et Erlend Oye (le grand roux volubile) sont les deux membres exclusifs de Kings Of Convenience, duo norvégien de folk boisée et intimiste dont la presse anglaise fait ses choux gras en ce moment, jusqu’à la prochaine tendance je-ne-sais-quoi qui vendra beaucoup de disques. Qu’un tel groupe soit signé sur un label tendance comme Source nous laisse imaginer un avenir radieux dans les chaumières des cadres supérieurs de la nouvelle économie, où l’on écoutera cette musique rustique et douce comme un meuble Ikea, avec une langoureuse félicité, le doux sentiment de l’exercice de la stock-option, bercé dans la quiétude bourgeoise et confortable des basses rondes et des cordes granuleuse s’échappant d’enceintes Bose dernier cri.

Cependant, l’écoute de Quiet is the new loud laisse espérer un autre avenir aux deux jeunes Norvégiens, autre chose que la récupération par la mode de la quiétude nordique, mais un véritable destin, celui de véritables auteurs-compositeurs, de la stature de Simon & Garfunkel, voire de Lennon et McCartney, cette symbiose particulière entre deux musiciens d’exception, réunis dans une émulation complice qui leur fait accoucher de chefs-d’œuvre par la simple interaction de leurs deux sensibilités musicales.

Enregistré à Liverpool avec Ken Nelson (récent producteur de Coldplay et Badly Drawn Boy), Quiet is the new loud a également été agrémenté des arrangements de cordes subliminaux et évanescents de David Whitaker (Air, Gainsbourg, les Rolling Stones). La couleur principale de cet album reste cependant le bois de la guitare classique : les arpèges sur les boyaux, les brossés délicats, les gimmicks bossa (le Live at Carnegie Hall de Joao Gilberto est l’album préféré d’Eric). Les arrangements et la production en retrait rendent plus évidente encore la fraîche limpidité de ces compositions. Mais le point d’orgue de cette entreprise d’extrême suavité réside dans les voix, à l’unisson, d’Eric et Erlend : douces, intemporelles et incroyablement harmoniques, elles rappellent évidemment le couple Simon & Garfunkel, avec une touche de juvénile innocence qui rend plus touchants encore leurs lyrics adolescents.

Des histoires d’amours déçues, voilà à peu près tout ce dont parlent les chansons de Kings Of Convenience. Mais n’est-ce pas là le thème principal des plus grandes chansons de l’histoire de la pop music ? A croire que les chanteurs pop seront toujours d’éternels insatisfaits, dans l’éternel regret d’une vie et d’un amour à côté desquels ils seront toujours passés. Et grâce auxquels ils auront écrit les plus belles chansons qui soient. Comme tout le monde le sait, c’est en trouvant l’amour que John Lennon a perdu la grâce.