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4
sur 5

Patron du label Planet-Mu, écurie britannique qui héberge des opus de Luke Vibert, Hrvatski, Frog Pocket, HellFish, Venetian Snares, Bit Meddler ou encore EdiT, Mike Paradinas est un grand enfant. Surdoué et malicieux. Capturant ses jouets les plus ludiques, l’enfant Spatula s’empare fiévreusement de ceux qui permettent de faire des sons, de la musique, du petit bonheur en tranches sonores… Un ordinateur Atari, un synthé Bontempi offert pour l’anniversaire… Il prend tout ce qu’il peut et se charge de composer des petits fragments de chansonnettes qu’il met en place petit à petit ou à la vitesse de l’éclair (Paradinas sort fréquemment des disques sous de multiples alias et autres pseudos : Kid Spatula, Mu-ziq, Mike, etc.). Ce cousin jumeau / déformé de Aphex Twin (avec qui il a sorti l’opus Mike & Rich, un disque dont la couverture est encore envahie par l’univers du jeu) s’amuse à placer des pastilles d’ectasie bien dosée, qui accède au cerveau en s’y fracassant de manière presque naturelle, voire jouissive. Il y a certes dans ce double CD quelques passages à vide, mais ce ne sont bien souvent que de brefs ponts (Peg) qui permettent d’atteindre l’autre rive, celle où les oiseaux ont des seins et les bombyles butinent l’odeur de la Ram (le sublime Disclosed, sorte d’ode subliminale qui fait pousser des germes de têtes de weed dans l’encéphale). L’electro-pop fracturée de Mike Paradinas est bien souvent palpable, se laisse même aller vers du haut niveau (le tube Housewife). Elle dissimule aussi bien plus de recettes qu’il n’y parait. Il y a une sorte d’aisance chez Paradinas dès qu’il s’agit de donner un peu de pulsations là où l’on ne s’y attend pas (les sautillants Detlev bronk et Tugboat), une musicalité tout juste virtuelle à l’intérieur de climats sonores ambigus, dont le lien est souvent l’utilisation de belles nappes de synthés finement aménagées.

Meast est un double album bourré de petits bouillons hypnotiques (Off lemon) qui flirtent avec des univers touchant(s) fréquemment des climats triturées au sucre digital, mais aussi des sons à la beauté virginale, à l’espièglerie agencée (Upton, Weiro…). Des sons formidablement accumulés, ajustés, parsemés. Des sons qui réagissent et interagissent ensemble pour que des interstices (Spacious hallway et Squirms sont fait pour le somnambulisme) astucieux s’enroulent autour de propositions musicales inédites (l’étrange Lesque). Il y a un peu un côté fin des années 90 chez Spatula (fonds de tiroirs certifiés de qualité) qui sent un peu trop le 1040 ST çà et là. Mais ses ambiances qui vacillent entre low-pop et 8-bit fruités reflètent souvent la nostalgie d’une musique déjà chargée en référence bien digérée.

Car souvent, un fil conducteur s’invente sous forme de drones vallonnés et autres haillons de musicalité impromptue, sur lesquels des frottements cristallins (il y a du sexe dans cette musique, aussi) viennent s’échouer et se muer en semblants de tranches électroniques malsaines (Further 2 et ses breakbeats malades de beat-box frénétique, qui évoque un Squarepusher sous taz). Loin d’imposer un quelconque imaginaire illustratif ou un début même de contenu poétique établi, Paradinas laisse toutes les propositions ouvertes, de la même manière qu’il laisse couler le temps. On dit de Paradinas qu’il est un peu excentrique, voire fou. A ce jour, la seule folie qui existe chez cet homme est sûrement à chercher dans son oeuvre. Meast est un bel exemple de ce que les liens entre les parties du cerveau de l’antre de la folie et de la matière grise peuvent donner en musique : un jouet vivant, qui bouge énormément. Un toy robotique qui ne peut pas s’arrêter de sourire frénétiquement. Same player, shoot again !