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3
sur 5

Aux dernières nouvelles, il était des ces Cupidons français sous les auspices desquels roucoulent, plus ou moins harmonieusement d’ailleurs, le swing de toujours et les beats jungle d’aujourd’hui (le célébrissime Groove Gang dans les 90’s, le remarqué Gambit en 2000, grâce auquel il ouvrait son activité scénique à l’électronique) ; avec The Rise, on retrouve Julien Lourau aux prises avec une palette résolument latine, de bout en bout acoustique, à la tête de deux formations se renvoyant la balle tout au long de ses 11 plages ensoleillées. Côté européen, un quartet de vieilles connaissances : Henri Texier à la contrebasse (dont il fut souvent le sideman) et Bojan Zulfikarpasic au piano (on les a souvent entendu ensemble, sur Koreni par exemple, ou encore en duo au Sunset), rejoints par le batteur Ari Hoenig (l’un des sommets du triangle de Jean-Michel Pilc) ; côté sud-américain, des musiciens argentins (les percussionnistes Gustavo Ovalles et Minino Garay, ancien du Groove Gang, le bassiste Carlos Bushini ou encore la chanteuse Elvita Delgado) dont la culture et le son donnent à l’album son atmosphère latine.

Onze thèmes, donc, pour un voyage inédit et curieusement apaisant entre continents et cultures ; les compositions restent accidentées et sophistiquées (l’hypnotisant The Saloon (life is just a game) introductif, le très beau thème éponyme) mais leurs tons ocres et chaleureux en égalisent les crêtes et n’en laissent passer que la paisible substance, celle d’un climat que le leader, ainsi qu’il l’écrit dans son texte de pochette, a voulu « soft et plein d’espérance » (pour la petite histoire -pas si « petite » que ça d’ailleurs, The Rise est aussi un hommage au père disparu, le sociologue René Lourau, hispanophile familier des cultures sud-américaines). Exit, donc, l’urgence et l’effervescence électronique des précédents projets : l’heure est à des tempos plus mesurés, à la profondeur du sax ténor plutôt qu’à la vivacité de l’alto ou du soprano (Julien Lourau passe de l’un à l’autre avec la même aisance), à l’ascension vers la lumière (rise) plutôt qu’aux noires stratégies des jeux d’échecs (gambit). Cet univers-là regorge lui aussi de richesses qu’on ne découvre qu’au fil des écoutes, même si on aurait préféré l’ensemble, parfois, un peu moins « soft ».