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4
sur 5

Glenn Gould joue Bach. Réédition d’un disque illustre, pour cause d’anniversaire sans doute. Pauvre Bach, pas encore mort (il faudra attendre l’an 2000 tout de même) et déjà redécouvert en 1999 ! (lire la critique du CD Bach 2000 en archives). Personne ne se plaindra de cette réédition pourtant, ni l’auditeur qui trouve là un moyen d’acquérir sous forme de CD (à petit prix) un vinyle mythique, ni l’éditeur -Sony- qui fait une bonne affaire. Résultat des courses (commerciales) : premier au top classique et dix-neuvième toutes tendances musicales confondues des charts de la FNAC. Jean Sébastien Bach coincé entre le quatrième album de Tricky (avec son « metal remix ») et le Forever de Puff Daddy. Pourquoi pas ? Beau succès. Les trois concertos pour clavier composés à Leipzig au milieu des années 30 (1730 bien sûr) sont courts : trente-huit minutes de musique tout juste. Bach, quoi que n’étant pas le père du genre, est le premier à écrire une œuvre concertante pour le clavecin (avec le cinquième concerto brandebourgeois dix ans plutôt), suivant l’exemple de Vivaldi au violon.

Glenn Gould ignore jusqu’au mot de clavecin (du moins il s’en désintéresse) lorsqu’il enregistre ces œuvres. Soutenu par Vladimir Golschmann (chef d’âge mûr tout à fait inoffensif), Gould joue sur un Steinway (splendide) de 2 mètres 75. Loin de l’esprit baroque. Encore peut-on considérer cette vision comme celle d’un transcripteur, à la manière des percussionnistes ou des accordéonistes dans les suites pour violoncelle. D’ailleurs tous ces concertos sont eux-mêmes des transcriptions. Le quatrième est la transcription d’une pièce pour hautbois d’amour alors que les cinquième et septième viennent de concertos pour violon.

Que fait donc Glenn Gould ici ? Il sert la musique de son mieux, revendiquant haut et fort une clarté polyphonique, sans sur-interpréter le texte. Finalement, la musique dans toute son expressivité est respectée.
Ceux qui cherchent en Gould le destructeur avide de tout classicisme ne trouveront pas leur compte. Les amoureux du renouveau baroque jugeront cette interprétation bien datée et se tourneront vers l’intégrale de Gustav Leonhardt (chez Harmonia Mundi). Les autres peuvent aussi découvrir l’enregistrement de Maria Joào Pires (chez Erato), lucide, expressive et profondément émouvante. L’orchestre qui l’accompagne y est aussi (un peu) moins tarte.