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sur 5

Voici un disque de Haydn où l’auditeur n’a pas à entrer, il y est accueilli. Avec la simplicité, avec le plus grand respect pour l’hôte de passage qu’il est. Joseph Haydn, sous les doigts de Jean Claude Pennetier, nous parle d’égal à égal. Sans hauteur, mais sans concession. Ecoutez la Sonate en Do majeur qui ouvre l’album : elle nous devient immédiatement familière. Deux siècles passés en un instant, dans les contours d’une phrase espiègle, murmurée d’abord, tumultueuse enfin.

Qu’est-ce que la simplicité, le charme en musique ? on pense immédiatement à Mozart s’écriant : « Aimez moi ! ». Joseph Haydn semble lui répondre : « Soyons aimable » Cependant, l’affabilité contenue dans les dernières sonates pour piano, dites londoniennes, n’est qu’apparente. Haydn sait habiller d’élégance la violence de son propos.
Ces trois sonates pour piano (Hob. 50 à 52) ont donc été composées à Londres entre 1794 et 1795. Haydn, musicien polyglotte et cosmopolite, en renouvellement constant d’idées, est un musicien de 62 ans en pleine possession de ses facultés artistiques. Son second voyage à Londres est placé sous le signe d’une production intense (mais Haydn a-t-il vécu autre chose qu’une « intense période de production artistique »… ?). Comme le note justement Jean-Charles Beaumont, dans la préface du CD, les sonates « sont le fruit d’une science absolue de la technique du monothématisme » c’est dire que Haydn puise dans le thème unique toutes les richesses nécessaires à un développement surprenant. C’est en effet la surprise qui domine. Rien ne semble acquis d’avance, et, en écoutant le Finale de la Sonate en Mi bémol (une des plus connues et des plus enregistrées du compositeur), on est ébloui par les péripéties du parcours. Comment ne pas penser aux trois Sonates opus 2 de Beethoven (depuis quelque temps l’élève de Haydn à Vienne) ? Qui, de l’élève ou du maître, eut le plus d’influence sur l’autre ?

Suivent les Variations en Fa mineur, chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre de Haydn au piano, réponse apaisée à la Fantaisie en Do mineur de Mozart. En plus de quinze minutes, ces variations construites sur un thème double proposent un voyage bien plus lointain que le simple sous-titre, « Un piccolo divertimento », ne le suggère. Par les couleurs superposées (une alternance des modes majeurs et mineurs qui préfigurent l’art de Franz Schubert), par la précision de l’écriture rythmique, elles montrent la place de Haydn dans l’histoire : tout devant.
On n’oubliera pas ici de saluer Jean Claude Pennetier. Comme à son habitude (surtout lorsqu’il est enregistré par l’artisan René Gambini), le pianiste fait preuve d’un grand talent (souvent salué par Chronic’art). La précision de son jeu, le souci du timbre, sa familiarité avec ces œuvres, placent cet album au sommet de la discographie. Il est vrai que, mis à part quelques notables exceptions (Richter, pétrifié, Brendel, enfantin…), l’oeuvre pour piano de Haydn est curieusement peu fréquentée.

Jean-Claude Pennetier (piano). Enregistré du 24 au 26 septembre 1999 (Sonates) et le 11 février 2000 (Variations) à la salle Blachière (Marseille).