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sur 5

Que pourrait-on dire de ce chef-d’oeuvre qui n’ait pas déjà été dit, redit, répété ? Sans doute est-il inutile de rappeler que l’on a là l’un des plus grands disques de l’histoire du jazz (beaucoup diront même de l’histoire de la musique) et que d’innombrables musiciens (de la plupart des souffleurs actuels aux touche-à-tout de Sonic Youth), à la rituelle question des disques à emporter sur l’île déserte, ne manqueront pas de le citer dans leur tiercé. Cette nouvelle édition en double album présente pour une fois plus d’intérêt que les habituelles alternate takes sorties au compte-gouttes des placards des labels pour justifier un nouvel emballage et un titre tonitruant (definitive edition, ultimate et autres) : à l’album studio enregistré sous les auspices de Bob Thiele le 9 décembre 1964 s’ajoute ici une deuxième galette où l’on pourra entendre sa seule et unique interprétation live, à Juans les Pins, le 26 juillet 1965.

Entrée en matière sans heurts sur le premier mouvement de la suite, Acknoweldgement, puis montée en puissance jusqu’à un Pursuance d’une vingtaine de minutes absolument époustouflant, après lequel le présentateur du festival, André Francis, conclura à l’adresse du public, qui réclamait un rappel, qu’il « vient de nous donner le plus profond de lui-même, permettez-lui de ne pas se répéter et de se reposer également ». On découvrira aussi deux prises, que l’on croyait perdues, dudit Acknoweldgement joué en sextet, avec Archie Shepp (saxophone) et Art Davis (basse). Coltrane, dans les notes de l’édition originale, les remerciait et regrettait que ces plages ne soient pas publiées en 64. Inutile d’en dire plus : les inconditionnels (ils sont nombreux) se seront déjà rués sur cette réédition de toute première importance. Aux autres, on ne peut que vouloir offrir ce monument définitif et intemporel, marqué au sceau d’un extraordinaire mysticisme et d’une grâce dont on ne connaît que de rares équivalents dans l’histoire de la musique.