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4
sur 5

Quelle filiation peut-on établir entre les œuvres de Johannes Brahms et de Robert Schumann ? On sait bien l’amitié qui les lia. Dès leur rencontre à Düsseldorf en 1853, Schumann repéra en Brahms « un génie ». Il réitéra son jugement peu après dans un article devenu célèbre « Neue Bahnen » (voies nouvelles), où il compare le jeune musicien (20 ans) à Minerve sortant armé du crâne de Jupiter. Quelques mois plus tard, alors que Schumann sombre dans la folie, et qu’il refuse tout contact avec les siens (Clara), il jouera du piano avec le jeune homme, fidèle ainsi à son jugement premier. Cependant, peut-on parler de paternité musicale tant leur conceptions s’opposent ?. Leur approche de la forme, de l’harmonie, de l’instrumentation, de l’imaginaire poétique semblent parfaitement divergentes.
En réunissant des œuvres importantes, ce disque pose de bonnes questions, propose quelques réponses pertinentes, et procure finalement un réel plaisir. Presque pédagogique. Françoise Gneri et Denis Pascal ont inséré la version pour alto de la sonate pour violon opus 105 de Schumann -une rareté- entre les deux sonates opus 120 de Brahms. Par delà l’opposition naturelle que l’on remarque entre l’artiste halluciné, insomniaque, violent (Schumann) et le maître respecté, polyphoniste scrupuleux et méticuleux (Brahms), Gnéri et Pascal tracent une véritable filiation entre ces œuvres. Cela tient peut être a la mélancolie du timbre de l’alto de Françoise Gnéri, aux choix des tempos, a l’absence d’effets inutiles. On aime l’extrême soin porté a chaque phrase (les coups d’archet), la beauté du vibrato (une richesse comparée à la version alternative pour clarinette), les qualités du piano de Denis Pascal (qui écoute autant qu’il joue) et l’on regrette simplement que les conditions d’enregistrement ne respirent pas autant que ces deux jeunes musiciens.