Je voulais parler de l’album de Windsor For The Derby, et puis ça me déprimait tellement cette musique, que j’ai mis un peu par hasard l’album de Jeremy Kay dans le lecteur, histoire de voir si ses chansons étaient aussi mignardes que sa petite gueule sur la pochette. Il a la vingtaine, il est de Los Angeles, sort son disque sur K Records, chante un peu comme David Ivar Ya Ya, Jonathan Richman ou Johnny Thunders, la voix filtrée dans un écho 60’s pas possible (Calvin Johnson joue les Phil Spector lo-fi aux manettes), que viennent surplomber des arrangements pop basique (basse, batterie, petites guitares aigues), ostensiblement rétro que c’en est presque maniériste. Sur des balades de ruelles sombres (ligne de basse et claquements de doigts dans la reverb), chansons d’amour sous les étoiles, histoires un peu fantastiques de poupées vivantes, ça ne joue pas très bien, un peu faux (un peu Shaggs), ça ne chante pas très bien, malgré des envies de lyrisme évidentes (Harry Nilsson, Morrissey, pas loin), mais l’amateurisme laid-back donne un cachet dandy à tout ça, et la production rend l’objet presque Lynchien, vignette freak d’un Los Angeles fantôme, dans les marges absolues d’une pop formatée, et on adhère un temps, un peu hypnotisé, à cette singulière imperfection.

Dans un autre genre, mais toujours dans une belle lignée américaine de songwriting, rescapé de l’Antifolk, copain (bassiste) de Herman Dune et Kymia Dawson, « Sir » Turner Cody, beatnik new-yorkais lettré, séducteur charmant volubile, songwriter prolixe (ne ratant pas une occasion de remplir ses petits carnets de notes, au beau milieu d’une conversation, le rendant soudain absent et réfléchi de longues minutes) a vraiment la classe. Une classe un peu désuète de bottes en cuir et costumes marrons, hobo ou cow-boy, que l’on retrouve dans ses chansons fleuves à la Bob Dylan, country-folk de guitares à la pompe, claviers sautillants, clarinettes et hautbois chauds, chansons nomades et joyeuses qui parlent de voyages, de rencontres et d’amours passagères. Les marins font de bons amants, mais de mauvais maris. Turner est un marin, sur le départ, déjà ailleurs quand on le croit près de nous. First light est un polaroid, déjà un peu jauni. Le temps passe vite, Turner Cody ne le retient pas.

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