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5
sur 5

C’est en tricycle que Daniel Johnston nous revient et les nouvelles ont l’air d’être bonnes. L’année 2001 a réservé des surprises aussi heureuses que nombreuses au génie Texan : Rejected unknown a surpris tous ceux qui le croyaient passé à l’Ouest et Danny & the nightmares a montré que Daniel Johnston savait toujours produire du rock’n’roll, dans une facture « garage de chez garage »… Et déjà, un album supplémentaire pointe son nez mutant, pour cette fin d’année, sous le nom de The Lucky Sperms (!) avec Jad Fair…

Aujourd’hui, pour son troisième album cette année, c’est la formule de la collaboration qui est tentée. Les compagnons de fortune sont Ron English (plasticien assez douteux qui recycle les dessins de Daniel en y incluant principalement des Mickey Mouse : sa façon à lui de dénoncer la société de consommation mais ça lui permet surtout de passer pour un petit génie à peu de frais) et Jack Medecine (un pseudo de notre Jacques Médecin en déroute ?). Il y a ensuite une foultitude de participants (aux noms impossibles) qui jouent sur différents titres, mais de plus loin : les chansons ont été créées et enregistrées pendant une session extraordinaire et intensive de 4 jours et 4 nuits, sur 4 pistes, puis les bandes ont été confiées à ces braves gens avec pour seul mot d’ordre : « Finissez-moi ça ! ».

The Songs of Jack Medecine, Daniel Johnston & Ron English est un concept-album dont la ligne directrice semble être le monde de l’enfance. Il prend bien des chemins pour présenter 15 titres très éclatés qui rappellent beaucoup les ovnis croisés sur les Shimmy Discs de Kramer (de la partie lui aussi). C’est le grand frisson dès Face your doom où la voix de Johnston se fond dans un blues crépusculaire de bonne facture avant que le kaléidoscope se déclenche : après Casper the friendly ghost, on rencontre de nouveaux amis, parmi lesquels Greg the bunny (un thème prétendument refusé par la Fox pour un générique de dessin animé), parfois de plus anciens (Disney movie) et des célébrations Happy springfield en déclaration d’amour total à Matt Groening, le père des Simpsons. Chacun y va de sa chanson et l’opus ressemble vite davantage à une compilation qu’à un véritable album. Logique qu’on y trouve à boire et à manger : on passera donc des ritournelles étranges coutumières de Johnston (Merry Christmas Oblio, Wasted life) à du Pixies très inspiré (Keep your feelings to yourself) ou même du folk de grande envergure, comme ce Slice of life d’anthologie qui pourrait être un inédit sixties et brillant des Pearls Before Swine. Parfois, on se sent replonger en plein coeur des groupes déviants et texans des 80’s : Reality ou U.F.O. pourraient figurer sur les albums les plus pop des Butthole Surfers (ceux-là mêmes qui avaient initié Daniel aux trips d’acide à l’époque, pauvre vieux !). Quelques cauchemars, estampillés Daniel, jalonnent ce disque (le taré Merry Christmas Oblio) jusqu’à la relecture lynchienne du Moribond de Jacques Brel (Seasons in the sun) qui figure parmi les titres les plus flippants qu’on ai pu entendre…

Cachés en toute fin d’album, deux bonus-tracks minimalistes permettent à Johnston de remettre les couverts et d’exécuter Keep your feelings to yourself avec l’orgue de Sun Ra (sans Franck Black), puis un Reality tiré du fond des tripes et au bout des cordes de sa guitare : « I wouldn’t mind going to heaven if I could occasionally visit hell (…) Caus’ I leave here in reality ». Danny est bel et bien de retour parmi nous.