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4
sur 5

Héritier du Neue Deutsche Welle et artisan d’une électro-pop expérimentale poussée sur le même terreau que Mouse On Mars, Sack & Blumm et autre Felix Kubin, Guido Möbius fait sa petite cuisine solitaire depuis une dizaine d’années avec autant d’espièglerie que de verve conceptuelle. Plus timoré sur ses premiers albums, le voici touché par la grâce avec Spirituals, sa dernière facétie en date qui devrait enfin le sortir de l’anonymat.

Atiffé des oripeaux de prêcheur et armé de son bric-à-brac électronique, Möbius se fait l’apôtre d’un culte sans queue ni tête qui doit autant à Fluxus et à la pataphysique qu’à Prince et Captain Beefheart. Le doux-dingue à voix de fausset tâte le pouls de l’époque et livre un diagnostic sans appel : le monde est en pleine confusion spirituelle et seule la méthode Coué peut encore guérir les mécréants. Pour mieux faire face à la crise – tant économique qu’existentielle – et s’amuser (tant qu’à faire) de l’apocalypse qui nous pend au nez, l’artiste iconoclaste s’est mis en tête de renverser les rôles et d’enfiler à son tour la défroque d’exorciste pour mieux renvoyer dos à dos moutons de Panurge et brebis galeuses, illuminés béats (Godhead appears et son crescendo de violon hypnotique) et prophètes millénaristes (The Reign of sin et surtout All evil ways, entamé par une trompette asthmatique pour finir en vitupération Black Metal). Du chaos babylonien qui plane au-dessus de nos têtes comme une menace venue du fond des âges, il extirpe des éclats de loufoquerie sonore et jongle avec les stéréotypes pour déboucher sur un singulier morphing d’hymnes gospel et de funk déstructuré (Judgment, Though the darkness), de drone déliquescent et d’acid-house en phase terminale (Babylon’s falling), de ferveur shoegaze (Blessed sleep) et d’idiomes Black Metal (All evil ways).

Par miracle, l’appareillage technologique ne prend jamais le dessus sur l’inventivité forcenée de l’ensemble et sur la folie douce qui contamine joyeusement cette profession de foi impie. Et l’on se surprend à jubiler devant cette parade électronique biscornue où les negro spirituals pactisent avec Lucifer et où la théophanie semble mener tout droit à la camisole.