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sur 5

Renée Fleming (soprano). London Symphony Orchestra, sir Georg Solti

Last but not least… fallait-il qu’il l’aimât, la Fleming, pour lui offrir ce récital bouleversant -genre auquel, en cinquante ans de carrière, sir Georg n’avait jamais sacrifié. Un autre, d’ailleurs, était sur le métier, avec Angela Gheorghiu, lorsque le vieux maître tira sa révérence : peut-être Decca nous en livrera-t-il bientôt quelques échos…

Le testament du maître, donc. Et une voix, en pleine et insolente santé, que le chef britannique pare d’ors, de soie et de velours -il faut dire que le LSO n’a jamais résonné si fastueusement. Quelle pâte, quel orchestre ! Et quelle soprano, fondante, confondante de sensualité (d’érotisme, presque !) et d’intelligence -les deux ne faisant pas toujours la paire, il est bon de le souligner. Comtesse suprême (écoutez sa reprise du « Dove sono » !), straussienne innée, osant ici une Daphné si rare et d’ores et déjà historique. L’art est à son plus haut niveau, le timbre rond et généreux dans le médium comme dans les aigus, et l’émotion portée à son incandescence… dans la peau de ces femmes comme dans des personnages où on l’attendait peut-être moins.

Desdémone. A-t-on entendu « Saule » plus bouleversant et plus mélancolique ces dernières années, prière plus recueillie ? Chant plein de douleur contenue et de larmes refoulées. Réentendez les plus grandes -les Scotto, Crespin, et autres Farrell : osera-t-on dire que Fleming s’impose en seize minutes d’une indicible beauté comme une verdienne de cette trempe-là ? Certainement oui, et le désir de l’entendre très vite dans d’autres incarnations se fait brûlant. Gilda… Violetta…

Mais Fleming saurait-elle tout chanter avec le même bonheur, la même foi, le même enchantement ? Quand on vous aura dit qu’il y a aussi, dans ce disque, une admirable « Scène de la lettre » d’Eugène Onéguine (quel russe !), et surtout, surtout, une Rusalka qu’on avait personnellement jamais entendu portée à ce degré de poésie et de sublime, alors oui, cette cantatrice-là est bien celle qui nous manquait depuis quelques lustres. Et encore, ce disque n’en est-il qu’un sublime aperçu. Sa Manon vient de mettre Paris et New-York à ses pieds, et elle revient à Bastille, dans quelques jours, Maréchale triomphante… Et ce n’est qu’un début : il semblerait que l’Américaine se soit entichée de notre capitale, et compte bien y revenir tous les ans. Grâces soient rendues à cette divine-là…