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Petit problème de sociologie rock : pourquoi plusieurs centaines d’amateurs d’indie-rock décident-ils de s’offrir une place pour assister au concert d’un groupe d’Américains barbus, mal sapés, aussi excitants que les roadies de Radiohead ?
Pour découvrir une étrange première partie, tout d’abord. M. Ward, en trio, donne l’impression de revisiter les répertoires de Palace et Elliot Smith, avec une bizarre rigueur jazzy, digne d’étudiants en huitième année de solfège. Intrigant à défaut d’être réellement prenant.
Pour encaisser un magistral crochet dès la première note de Grandaddy : le son est énorme, parfaite combinaison entre guitares noisy ou folk et samples inattendus. Un genre de fantasme : Neil Young soutenu par le early Roxy Music. Pour pervers pop only…
Pour confirmer une impression tenace : Deserter’s song de Mercury Rev, prétendue révolution, est un disque correct, largement surestimé, tenant debout grâce à d’énormes ficelles et un art évident de la recette. La musique de Grandaddy, tout aussi cosmique et émouvante, s’avère autrement plus fine. « Toute la différence tient dans le songwriting », murmure-t-on à sa voisine quelque peu interloquée.
Pour saisir que des songwriters isolés comme Stephen Malkmus (ex-Pavement) ou Jay Mascis (ex-Dinosaur Jr) ont réellement ouvert une voie dans la pop américaine, avec leur écriture négligée, leurs disques vite mis en boîtes. Ratures essentielles.
Pour voir un groupe planter sur scène. Réellement planter, partir totalement à l’envers, nager à contre-courant, incapable de redresser le morceau au point de le saborder dans un vaste fou rire. Histoire de se remémorer qu’un grand concert de rock reste avant tout une question de tripes, de prise de risque et de fun. Une esquisse crayonnée, pas un triptyque monumental.
Pour se souvenir également qu’un rappel n’a rien d’une politesse de circonstance, d’une petite courbette convenue. Le premier retour sur scène de Grandaddy a frôlé la perfection. Un titre grandiose, comme Pavement en a pondu sur Crooked rain. La voix en moins, les bizarreries sonores en plus.

Enfin, il était important de se déplacer, ce vendredi soir, pour tordre le cou à quelques certitudes. Oui, Grandaddy tapisse ses chansons de nappes de claviers parfois vulgaires ; oui, ils sonnent tour à tour comme Air ou Neil Young sans prévenir ; oui, plusieurs titres se ressemblent franchement ; oui, c’est de la musique planante et folk… et vaguement grunge aussi. De quoi emmerder toutes les chapelles. Signe d’un bon concert.

Lire notre critique de The Sophtware slump, dernier album du groupe. Voir en archives, celle de Under the western freeway