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4
sur 5

La compilation est un exercice particulièrement difficile. Et quand le disque annonce la couleur GEO, on peut craindre la compilation « tendance » pour baroudeur assisté au GPS culturel : une heure de musique pour croire tout savoir d’un pays. Tout le monde peut se tromper : cette compilation sortie en juillet parmi une douzaine d’autres titres -à recommander également : le Brésil, l’Afrique du Sud et Tziganes -en est l’exemple. Certes, BMG a un atout en mains, et non des moindres en distribuant les têtes d’affiche cap verdiennes (Cesaria Evora, Teofilo Chantre et Boy Gé Mendes), mais également toute une nouvelle génération révélée dans les pas de la Miss Perfumado (Bau, Simentera ou Fantcha), qui fait du Cap Vert, un archipel aride et abandonné des dieux, une terre fertile en rythmes, en mélodies, une pépinière de talents héritiers de la diva aux pieds nus.

Le Cap Vert, ce sont dix îles et au moins autant de rythmes et de styles musicaux qui tanguent entre africanité et saveurs latines : de la célébrissime morna aux coladeiras endiablées en passant par des sons plus rudes et rustiques, comme le funana ou le batuque et le finaço (auquel Ocora consacre un bel album, interprété par Nha Mita Pereira).

Tendance morabeza, douceur de vivre malgré le pays rude : Boy Gé Mendes, doux comme le pain de sucre et suave comme la mangue, Beijo de Longe et Cumba letu, revisité par de légers violons cubains, sont deux petits coins de paradis au soleil. Carnaval de São Vicente, extrait de Café Atlantico, avant dernier album de Cesaria Evora, marquait le virage contrôlé et réussi vers les cuivres cubains et les cordes latines, qui trouvent une belle plénitude dans São Vicente di Longe. Bau, qui accompagne la diva sur scène met également son cavaquinho à l’heure latine dans Momentos em Paris, instrumental qui répond au Boas Festas de Luis Morais, morceau enregistré en 1968, quand l’archipel était encore sous le joug portugais. Deux envolées de coladeira sur l’album : tendance zouk avec Tito Paris, Mar de Ilheu, ou sonnant plus brésilienne dans Falso testemunho de Maria Alice.

La mama du blues propulsée sous les feux de la rampe avec le mélancolique Sodade est aujourd’hui secondée de belle manière dans ses lamentos par les mélodies bluesy de Teofilo Chantre, Tonte Vontade -horizon lent d’accordéon pour le plus français des capverdiens-, par Herminia, dont la voix semble sortir d’un vieux parlophone, avec Forca Juntode, ou encore Fantcha dont l’émotion saisit, avec son poignant Sol Jà Cambà (piano/accordéon/violon). Une révélation qui fusionne Amalia Rodrigués et Cesaria Evora. Dans la nouvelle génération toujours, Simentera et sa voix qui ne semble pas connaître de limite dans ‘Sprito Lévi, répond à Nha Berço, tendre serenata de Ildo Lobo, le crooner de l’archipel.

Si une heure ne suffit pas à faire le tour de ce îles magiques, cela permet en revanche de se faire une idée sans fausse note d’un Petit pays… Le billet d’avion n’est pas offert avec le cd, mais tel le chant de la sirène, le Cap Vert entonne sa petite musique en vous…