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5
sur 5

Dans le livre The Beatles Anthology, George Harrison raconte que Lennon et McCartney avaient montré tellement peu d’enthousiasme pour jouer sur While my guitar gently weeps, pendant l’enregistrement du White album, qu’il avait du recourir à l’aide de son ami Eric Clapton pour les forcer à terminer sa chanson… Ecrasé par l’ombre tutélaire du duo, ses talents d’écriture furent reconnus in extremis sur Abbey road, avec Here comes the sun (composé chez Eric Clapton) et Something, magnifique déclaration d’amour et, symboliquement, le premier et unique single des Beatles signé par le guitariste. Pour George Harrison, plus que pour tout membre du groupe, la séparation des Beatles en 1970 fut vécue comme une véritable libération. Elle lui permit de publier son premier album solo, le phénoménal triple album All things must pass, qui décrocha deux numéros 1 à l’époque (album et single pour My Sweet Lord).Ce chef-d’œuvre est aujourd’hui réédité en un coffret double CD pour commémorer le trentième anniversaire de sa parution. Entièrement remasterisée (le son est superbe), cette nouvelle édition a été enrichie de quatre démos (dont Beware of darkness, enregistré en secret par Spector) et de nouvelles versions (My Sweet Lord 2000, pas vraiment essentielle).

Les vingt titres de l’album avaient été écrits entre fin 69 et début 70, soit bien avant la séparation officielle des Beatles en avril 1970 (Wah-Wah fut ainsi composé à l’issue d’une session d’enregistrement désastreuse de Let it be). Juste après le split, Harrison s’était joint incognito à la tournée européenne de Delaney et Bonnie Band avec Eric Clapton, et l’on retrouve sans surprise les futurs Derek and the Dominoes aux séances de All things must pass, avec d’autres habitués de la maison Beatles (Ringo Starr, Billy Preston, Klaus Voormann). Les amateurs de Bob Dylan apprécieront la pedal steel guitar omniprésente de Peter Drake, ainsi que deux compositions écrites pour Harrison (I’d have you anytime et If not for you). Autre surprise, la présence de Phil Spector à la production. On pouvait craindre que les compositions de Harrison, empreintes de sérénité, s’accommodent mal de son « wall of sound ». Sans éviter quelques surcharges (What is life), le résultat est d’une fluidité et d’une délicatesse incroyables, mettant en valeur les superbes ballades 70’s de l’album (I’d have you anytime, Isn’t it a pity, Beware of darkness, Let it down). La démesure spectorienne arrive même à s’exprimer avec une puissance redoutable sur le tempo débridé de Wah-Wah. Malgré l’échec cinglant de la retraite spirituelle organisée chez le Maharashi Mahesh Yogi en 1967 avec les Beatles, George Harrison signe avec My Sweet Lord un hymne mystico-orientalisant qui deviendra en 1971 un tube planétaire. Il y chante Dieu avec une passion assez troublante : « I really want to see you…/I really want to be with you…/I really want to know you. » En remplaçant « Lord » par « Love », on retrouve presque l’urgence turgescente d’un Mudy Waters…