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sur 5

Plus de deux ans après leur savoureux 100 % Colombian, les New-Yorkais des Fun Lovin’Criminals reviennent avec un nouveau véritable album (Mimosa sorti l’année dernière regroupait surtout des faces B). Doté d’une solide réputation de mélangeur de rock alternatif et de hip-hop tranquille légèrement crooné, le groupe avait deux alternatives pour ce troisième opus : surprendre ou décevoir. A l’écoute de Loco, on se dirige malheureusement vite vers la deuxième solution… Une explication s’impose : les Fun Lovin’Criminals jouent dans la cour des grands depuis Scooby Snacks, leur tube planétaire sur Come find yourself, leur album paru en 1996. Seulement voilà, le potentiel artistique de certains groupes supporte mal l’élévation au rang de star et il s’en voit amoindri dès lors que le piédestal est atteint. C’est le cas de ce groupe de la scène new-yorkaise concurrent direct de G Love & Special Sauce, groupe de la même catégorie nettement plus doué et inspiré. Pourtant, la démarche, l’attitude, et l’image que renvoient les Fun Lovin’ sont assez chatoyantes, plaisantes et sympathiques. Ces trois types sont loin d’être idiots (du moins si l’on en croit les nombreuses interviews parues dans la presse depuis quatre ans), leurs influences sont bien digérées (rock progressif, funk et hip-hop) et le chanteur-guitariste, Huey, possède les codes de la culture new-yorkaise. Mais cette fois, la sauce ne prend pas.

Il y a quelques années, un courant musical fut remis au goût du jour : l’easy-listening. Ce style a le mérite de reconnaître sa ringardise et d’en faire son fonds de commerce à l’aide d’une touche d’humour savamment étudiée. Le souci, sur ce nouvel album des Fun Lovin’Criminals, c’est qu’il s’agit d’un album easy-listening, alors que le but n’était pas d’en faire un… C’est évidemment là que le bât blesse. Des titres comme Loco, Bump, Underground ou Half a block auraient tout à fait leur place dans des toilettes de stations-service d’aire d’autoroute, tant par leurs couleurs vulgaires et faciles que par leur production sur-léchée. Insupportables. Puis l’indulgence et le sourire reviennent à l’écoute de l’instrumental There was a time, morceau à la mélodie pure et mélancolique, comme une excuse à tout le reste de l’album. On en vient même à se demander si le titre de cette chanson ne fait pas allusion à un passé plus novateur, inspiré et efficace, comme si les trois membres du groupe prenaient ici conscience du mal qu’il sont en train de faire à leur carrière et à leur crédibilité artistique. Puis, la fin de l’album sent le renoncement dans ce qu’il a de plus dépressif, quand Huey se met à vouloir imiter la nonchalance de Leonard Cohen sur Little song. Evidemment il n’y parvient pas, et de tout ceci ne se dégage que de la niaiserie. Pour être définitivement clair, Loco ne contient quasiment que du réchauffé… Inutile de préciser que la possession de cet album est loin d’être indispensable, à moins d’être un fervent admirateur du groupe, mais dans ce cas-là, attention : la déception sera inévitable.