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4
sur 5

Drôle de culture que celle de Kieran Hebden : un soupçon de jazz décalé (Offering, Christian Vander, Mc Coy dans My favorite things) et une bonne dose d’abrutissement jouissif devant le défilement clinique des images surboostées de MTV. On l’aura vite compris, celui qui créa au crépuscule de son adolescence le projet Fridge n’en est pas à un oxymore musical près. Partant de cette nourriture musicale contre nature, il essaime très vite les projets : Fridge toujours (trois albums en moins de deux ans), mais aussi quelques one-shots peu mémorables.

Arrive Fourtet, penchant solo de la boulimie productiviste de Kieran Hebden : deux singles, élus illico presto « single of the week » dans les colonnes du NME et un album, Dialogue qui sort sur le sélectif label Output. Au programme des réjouissances, toujours cet embrouillamini qui effleure le génial à base de contrebasse jazz, d’electronica fouillée, de rythmiques aériennes et de samples judicieux qui prouvent la culture éparpillée du compositeur. A tout juste 20 ans, Kieran Hebden réussit un succès commercial confortable (meilleure vente du label Output à ce jour) et donne dans l’intra-personnel.

Histoire de ne pas gâcher son « fort potentiel », épithète tout à la fois marketing et créative, Hebden donne le temps à sa musique pour s’épancher. Et c’est bien du hasard de ces rencontres (Pole, Pharoah Sanders, Aphex Twin, God Speed You Black Emperor !) que se nourrit ce nouvel album de Fourtet. Délaissant les incursions plus ternaires, le petit virage effectué par le musicien se dirige vers une option electronica plus claire et plus tendue. Exit les sublimes plages de pauses tirées de l’univers de Fridge (à écouter en mode repeat, la dernière plage du clinique album Eph), ainsi que les samplings érudits de Pause ; place désormais à une lucidité accrue (voir le schizo-acide Mosquitos) et à une simplification du foisonnement rythmique et harmonique. On pourra certainement regretter cette relative simplification de la musique d’Hebden. Il n’empêche, Fourtet signe un des rares essais consistants en electronica à tendance pop. Populaire, dans son esprit de trublion de l’électronique intellectuelle et surtout dans l’application sautillante du dernier slogan hype : « étonnant et dansable ».