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4
sur 5

Un enfant prodige ? Mozart. C’est oublier Felix Mendelssohn qui, quelques décennies plus tard, a fait preuve, lui aussi, d’une précocité étonnante. Il est doué pour presque tout : le piano, le violon, la peinture, les langues étrangères et bien sûr la composition. A neuf ans, premiers concerts comme pianiste, première création de ses œuvres…
Plus étonnante encore est la perfection de sa production juvénile : un octuor magistral à 16 ans, et surtout le célèbre Songe d’une nuit d’été composé à 17 ans. Maîtrise de la forme, et surtout orchestration d’une légèreté et d’un équilibre jamais pensée depuis Mozart. Une performance en plein romantisme naissant ! Il exploite la poésie de l’œuvre de Shakespeare grâce à des innovations dans l’utilisation des vents, et à une compréhension intelligente du texte.

La reconnaissance de son talent est immédiate, et il a juste 20 ans lorsqu’il remet à l’honneur les œuvres d’un compositeur bien oublié, J.S. Bach ! Triomphe de ses concerts un peu partout en Europe, comme chef, ou pianiste, direction de festivals (Angleterre, Düsseldorf, Gewandhaus de Leipzig…). Comment résumer une carrière si brillante, et son influence sur les autres compositeurs de son siècle ?

Les quatre ouvertures résument bien la force de son talent. La Marche nuptiale du Songe connaît une gloire que seules la Marche turque de Mozart ou la Cinquième de Beethoven peuvent concurrencer. La finesse et la sensibilité de cette musique sont évidentes. Pourtant, elle semble être dans le creux de la vague aujourd’hui. Mendelssohn est ignoré alors que ses contemporains Chopin et Schumann, Liszt et Wagner connaissent encore les faveurs du public. Son oeuvre, unanimement admirée, n’est plus aimée, comme si elle était trop convenue. Les Hébrides ou Mer calme et heureux voyage sont rarement jouées. Et personne ne songe à entretenir l’image du compositeur, trop sage, dont la musique est condamnée pour son intelligence.
L’intérêt de cet enregistrement de l’honorable Philharmonie slovaque, de Bramall et du fils Dohnànyi est donc là : réhabiliter quelques œuvres, qui, si elles ne comportent pas la charge émotionnelle de celles de Chopin ou Schumann, sont encore vivantes, et par instant enthousiasmantes. Une musique parfois plus trouble que l’image de virtuose idéal de Mendelssohn.