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sur 5

La Roumanie, située à la charnière de l’Occident et de l’Orient a naturellement fondu leurs héritages respectifs. La musique rom, elle même expression d’un peuple voyageur et venu d’un autre continent a porté cette situation à son comble. La répression de la dictature de Ceaucescu qui lui interdit toute manifestation publique l’avait reléguée dans les campagnes et les occasions privées, n’en retenant que le versant le plus dénaturé, des chansons accompagnés par de grands orchestres à cordes. Si la fanfare d’un petit village de la frontière moldave a su s’imposer sur toutes les scènes du monde, de Berlin à Tokyo, et de New York à Bucarest (car elle est devenue prophète en son pays), c’est qu’elle a su conserver un son assez brut pour lui garantir un cachet de terroir tout en s’accommodant des concessions obligées -semble-t-il- pour conquérir certain type de réputation internationale. De Moliendo Café a Hora Andalusia et sa relecture du paso doble a la sauce rom, celles-ci jettent le trouble. Pourtant l’enthousiasme et la faconde cet ensemble de cuivres cabossés mais rutilants peuvent l’emporter sur les résistances que soulèveront peut-être ces tentations crossover un peu faciles. L’absence de tout complexe à leur égard les sauvent en quelque sorte par excès. C’est que l’ensemble est porté par un rythme qui ne faiblit pas. Précipitée dans les syncopes et le staccato frénétique qui nourrit le fonds de sa musique, la Fanfare Ciocarlia ne se refuse rien : trémolos, hoquets, emportements virtuoses et glissandi sentimentaux, parsemés d’emprunts divers comme cette vocalisation rythmique à l’indienne dans So Te Kerau, tous les moyens sont bons pour satisfaire une irrépressible explosion de vie. Cet emportement virtuose qui anime les musiciens de la Ciocarlia est sans doute aussi ce qui leur a permis de tenir sous les brimades d’un régime pour qui la joie était une insulte. Renforcée par de brillants solistes comme le trompettiste Costel Vasilescu, le premier à utiliser -superbement- la sourdine dans un tel contexte, mais aussi le chanteur Dan Armeanca, devenu sous la dictature une figure de la Gipsy pop, et pas moins de cinq membres de Rom Bengale, un groupe plus urbain venu de Bucarest, qui lui apportent des couleurs complémentaires (accordéons, violon, batterie et percussions), la Fanfare Ciocarlia semble dopée à l’adrénaline. On n’achèvera pas facilement ces chevaux fous.

Oprica Ivancea (cl, as), Ioan Ivancea (cl, vcl), Daniel Ivancea (as), Costica Cimai Trifan, Radulescu Lazar, Nicusor pusac Cantea (tp, vcl), Constantin Sulo Cali (tuba ténor) Laurentiu Mihai Ivancea (tuba baryton), Constantin Pïnca Cantea, Monel Trifan (tuba), Costel Gisniac Ursu (dm), Nicolae Ionita (perc). + invités : Dan Armeanca (vcl), Costel Vasilescu (tp), Rom Bengale : Constantin Sandu, Florin Ionita (acc), Aurel Ionita (v), Mihai Enache, Marian Prinz Dino (perc).
Enregistré à Bucarest en Mai 2001.