En 1998, la TNT du combo chicagoan Tortoise jubilait à exploser les carcans musicaux dans lesquels s’enfermait un rock indépendant moribond -The Smashing Pumpkins et Pavement déclarant forfait un an plus tard. Jazz, ambient, dub, les franges les plus novatrices du post-rock promettaient l’oblitération complète des frontières musicales. Aujourd’hui, qu’en est t-il ? Elan créateur défunt, souffle éreinté : son inspiration s’accommode d’un pouls faible et de battements artériels en-deça des 60 BPM ; son expiration, abrupte, de contractions cardiaques ignifuges, clôturant sur un traditionnel bouquet de feux d’artifices. Le genre marque la même montée d’adrénaline à chaque nouvelle composition, se faisant aussi prévisible et chiant qu’un finale de 14 juillet. Après un The Rescue portant bien mal son nom, le post-rock pouvait-il encore espérer quelque décharge d’Explosions In The Sky pour faire battre son coeur inerte ?

A l’instar de I am not afraid of you and I will beat your ass des Yo La Tengo, All of a sudden, I miss everyone déploie ses ailes sur une grenade chargée d’overdrives tranchants, harmoniques riches et colorées, lignes claires tous azimuts et roulements de tambours en rangs serrés. The Birth and the death of the day, expérience cinématique d’une incroyable mouvance, travaille les contours d’une matière sonore volcanique et triomphante, pour mieux la libérer de ses chaînes ornementales. La division texane se fend d’une euphorie expansive au sortir de son dernier LP, cortège de pièces diurnes (Days #1 to #8) qu’elle achève dans un immense fracas tellurique.

Très justement, All of a sudden, I miss everyone tranche avec le reste de leur discographie par ses parti pris soniques, résolument plus violents. Passionnants lorsqu’ils détonnent, canons éruptifs tous dehors, tendus vers les tympans déchirés de l’auditeur (The Catastrophe, autre climax stratosphérique et impétueux), leurs discours politiques troublent quand ils se confondent en vaines tentatives d’apaiser toute tension, en tempérant leurs climats (l’insignifiant Welcome, ghosts). Quand soudain, une agora post-rock impatiente déserte et leur manque un public.

Pourquoi une telle défaite ? Sur la foi de quelques grands disques inventifs (TNT, Come on die young, Agaetis byrjun), on a fait porter au genre les espoirs de toute une génération branchée sur ses guitares Jaguar ou Jazzmaster. Une mauvaise appréciation de la réalité musicale d’alors laisse aujourd’hui entendre que la mutation n’a pas opéré. Si nous devions rendre justice au post-rock, tout au plus faudrait-il le revoir comme une révision du progressif, sans ambitions autre que de faire trembler les murs, grâce soit rendue aux inaltérables effusions de larsens, vibrations rock’n’roll par excellence. Doit-on rappeler à cet égard la rigueur d’ascète à laquelle s’astreint Explosions In The Sky dans sa formation -deux guitares, une basse, une batterie pour seuls détonateurs ? Le disque se ferme sur la plus courte des plages, comme un aveu modeste de leur impuissance à regénérer l’éclat des temps passés. S’éteindre en fin de parcours sans parvenir à s’étendre, chant du cygne exaltant et abandon d’une grande noblesse. Quand trop tard, le monde entier s’offre à eux.

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