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Kennedy (violon). City of Birmingham Symphony Orchestra, dir. sir Simon Rattle.

Créé pour Kreisler, le concerto pour violon d’Elgar est depuis plus d’un demi-siècle intimement lié à Yehudi Menuhin qui, soliste ou directeur d’orchestre, en a donné maintes interprétations. De cet enregistrement mythique de 1932 (EMI), où le compositeur lui-même, deux ans avant sa mort, voit éclore sous sa tendre baguette le génie d’un violoniste de 16 ans, jusqu’à cette gravure de 90 (Virgin), où Menuhin, chef, enveloppe l’archet de Sitkovetsky d’une splendeur inégalée.

Et voilà que Kennedy, pour son retour au classique, remet l’ouvrage sur le métier, treize ans après sa version very british de ce magnifique concerto. Le violoniste a laissé son Nigel de prénom aux vestiaires de la scène rock, mais son talent est intact, ou plutôt plus mûr, plus ardent et plus virtuose que jamais. Et Elgar lui va si bien ! A sa première lecture très musicalement correcte, Kennedy a voulu opposer une vision plus lyrique, « une ligne de chant évoquant Jacqueline Du Pré » : c’est lui qui souligne, on vient d’entendre et on approuve à 200% ! Archet écorché et bondissant, virtuosité hallucinante… l’engagement est de tous les instants, le timbre d’une générosité absolue et la matûrité n’empêche pas l’ex-enfant terrible de se livrer à quelques dérapages éminemment contrôlés… Accompagnement ad hoc de sir Rattle (servi par une prise de son très vivante) : son travail toujours plus admirable à la tête du CBSO n’en finit pas, de concerts en disques, de nous épater. Un très grand, assurément. The Lark Ascending, page lacrymale s’il en est, s’envole ici aux mêmes altitudes d’émotion à peine contenue. Welcome back, donc, à Kennedy, qui signe l’un de ses meilleurs disques, et l’un des premiers indispensables de 98.