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sur 5

Electrelane est la dernière bonne nouvelle venue d’Angleterre. Les quatre filles qui composent le groupe (Emma Gaze, Rachel Dalley, Mia Clarke et Verity Susman) se sont rencontrées à Brighton, ont sorti un premier album d’avant-rock instrumental et longuet, fourré au Farfisa et au Krautrock (Rock it to the moon), avant de signer sur Too Pure (terre d’accueil originelle de Stereolab ou Moonshake), et de partir enregistrer ce nouveau The Power out sous la houlette de Steve Albini. Le producteur chicagoan a fait merveille, son don pour les réverbérations naturelles et son art du mixage donnant à chaque instrument relief et caractère, restituant les différentes personnalités qui composent le groupe, en un tout harmonieux qui dépasse évidemment la somme des parties.

The Power out passe d’un style à l’autre sans jamais perdre de son homogénéité, punk décadent, rock acide, electro cheap ou pur moment de grâce : You make me week at the knees clôt l’album sur la rencontre en apesanteur d’une batterie et d’un piano. Ce disque multiple et possiblement transcendant se nourrit des lignes de basse d’ESG, du jeu de batterie de Jaki Liebezeit (Can), du meilleur punk-rock passé et à venir (Slits, Deerhoof), et de bonne littérature. Sont en effet convoqués au dessus de ce très beau berceau les figures protectrices de Juan Boscón ou Friedrich Nietzsche. This deed s’inspire ainsi de la section 125 du Livre 3 du Gai savoir, celle où un alter ego du philosophe présente à la foule sceptique la mort de Dieu : « Cet exploit reste plus hors de leur portée que les étoiles les plus lointaines, mais déjà ils l’ont accompli ». L’ambition de The Power out (philosopher en musique, être un libre esprit punk ?), passe autant par la répétitivité chamanique des éléments musicaux que par la volonté de délivrer des messages (féminisme, pacifisme) et de multiplier les voix : chant tendu et sensible de Verity Susman en anglais, français, allemand et espagnol ; chorale gospel-lyrique sur The Valleys (inspiré d’un texte de Siegfried Sassoon, icône gay), cet album esquisse le pas de danse d’une nouvelle sorte de spiritualité. Un christianisme post-moderne, un mysticisme pop ?