PARTAGER
5
sur 5

C’est quoi, le « rock », en 2005 ? Il y a dix ans, c’était tantôt Blur, tantôt Oasis (juste avant que Radiohead ne rafle la mise et le sceptre). Ou les Rolling Stones. Il y a vingt ans, c’était tantôt U2, tantôt The Smiths (juste avant que The Cure ne rafle la mise…). Ou les Rolling Stones. Il y a trente ans, c’était tantôt David Bowie, tantôt David Bowie (juste avant que David Bowie ne rafle la mise, au grand dam de Malcom Mc Laren). Ou les Rolling Stones. Il y a quarante ans, c’était les Beatles ou les Rolling Stones (juste avant que le Velvet ne rafle qu’un passage à la fondation Cartier vingt-cinq ans plus tard). Ou les Kinks. Et ne parlons pas de 1955, à cette époque, on parlait de rock’n’roll. Et les Rolling Stones étaient encore un peu verts (quoique Brian Jones…).

Le nouvel album d’Electrelane risque d’être ce que fut le second Liars l’an passé : un disque mal ou trop peu écouté. De retour chez Steve Albini pour battre le fer encore chaud de The Power out, le groupe affirme son credo : jetons les dés, non par goût du jeu, mais par devoir de (faire) parler une langue qui reprend vie, si on la considère autrement que comme refuge de la nostalgie ou sac à recettes. Axes est un disque revêche qui met heureusement à mal notre paresse d’auditeur, monté comme un film : chansons sans paroles rageuses, interrompues avant le trop prévisible climax (Atom’s tomb), hymnes post-kraut-pop (sic) formidables (Bells, Two for Joy), improvisations plus ou moins vraies, plus ou moins improvisées, plus ou moins pied-de-nez (If not now when ?, Business or otherwise), et même une stoogienne reprise de The Partisan.

Mais à vrai dire, il y a de la guitare, de la basse, de la batterie, du piano, du saxophone, du banjo, des riffs, de la répétition, de l’énergie, de la tension, de la douceur, de la prise de risque, de la prise de conscience, de la naïveté, du recul, du sens, du son. Et tout ça donne un chef-d’oeuvre qui concrétise le génie profond d’Electrelane : la création d’un rock’n’roll (au) présent, qui dialogue gracieusement, sans peine, avec le trésor des anciens.

C’est quoi, le « rock », en 2005 ?
Rien à foutre. Il y a Electrelane.
Ou les Rolling Stones.