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4
sur 5

Un des labels américains les plus intéressants de ces dernières années et de celles à venir, Secretly Canadian, publie des disques de folk rock avec une surprenante constance, alternant entre des classiques du genre Jason Molina de Songs : Ohia et des artistes moins connus, comme Don Lennon de Boston et les texans d’Early Days Miners.

Rencontré au fameux Bloomingtonfest, organisé par le label dans la petite ville universitaire de Bloomington en Indiana, afin de promouvoir les artistes nouvellement signés et les figures du label, Don Lennon nous a paru égocentrique et vaniteux, essayant même de chanter en français afin d’impressionner les deux-trois journalistes français présents dans la petite salle de l’Université. Nous n’avions pas alors voulu acquérir ses deux premiers opus, même sur les insistances de sa charmante fiancée indienne. Six mois plus tard, son troisième album arrive finalement au courrier de la rédac’ et de Boston nous viennent également ses deux premiers disques, Maniac, un terme qui définit bien le personnage, et Don Lennon, album où il affiche une morgue ocre sur la pochette, chemise au col serré et cravate à motifs. Aussi curieux que pressé d’en découdre avec ce personnage ambivalent dont nous avions tout de même apprécié la courte performance, Downtown nous accompagne illico dans le discman sur un vide-grenier pluvieux de début de printemps. On se surprend à fredonner instantanément ces pop-songs pas aussi innocentes qu’elles en ont l’air, espérant secrètement découvrir un nouveau Jonathan Richman. En effet, outre des origines géographiques identiques, Don Lennon possède la même intonation nasillarde et une voix qui se cherche encore, assumée tout de même. Le groupe qui l’accompagne dans ses histoires folk-pop est lui à la croisée non pas des Modern Lovers électriques mais des Smiths et des Commotions, la flamboyance en moins. Qu’à cela ne tienne, les mélodies et les paroles de Don Lennon suffisent largement pour donner à Downtown un goût de classique folk-pop. Il y est question du Dave Matthews Band (Really Dave Matthews, Matthews comes alive), reflet d’une comique monomanie, de Lenny Kravitz (irrésistible Lenny Kravitz and Lisbon), des Mekons (Mekons come to town), de John Cale et d’un certain Jean-Michel homosexuel en goguette à Boston. Lennon parle de sa vie, de ses rencontres et marottes, avec une candeur et une légère maladresse assez touchantes. Il se montre plus réservé que Jonathan Richman, mais tout aussi lucide dans ses observations de moeurs bostoniennes. Fortement recommandé.

Au Texas, les Early Days Miners traînent des pieds et de la voix sur les huit morceaux de leur deuxième album qui font penser inévitablement à Bedhead, San Augustin et Low, avec parfois de vagues tonalités à la Sneetches. Leurs chansons restent modestes, traduisant la contemplation et les cieux lourds et bas des déserts du Sud-Ouest américain. Contemplatives et réservées, elles distillent une mélancolie de milieu de nuit, dans l’attente du lever d’un jour meilleur, sans doute. La batterie est quasiment anémique sur les quinze minutes de A Common wealth qui clôt le disque et fait ouvrir les volets. Ailleurs, les notes de guitares sont répétitives à envie, donnant envie de plonger au coeur de cette nuit texane et tomenteuse.

Au final, ces deux nouvelles productions Secretly Canadian font tout simplement de ce label la référence du moment, avec Thrill Jockey et Aesthetics, leurs voisins du Midwest.