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3
sur 5

Avant tout commentaire sur le contenu de cette mixtape, une petite présentation de DJ Pone s’impose. L’auteur de ces enchaînements musicaux et de ce choix d’artistes appartient à la new-school des obsédés de la MK2. Champion de France DMC en 99, ce jeune pro des platines officie donc depuis plusieurs années en qualité de catalyseur hip-hoppesque. Il s’amuse également à égayer certaines soirées où il se fait un plaisir de balancer du vinyle au rouleau. Membre de l’écurie DoubleH, ainsi que du Skratch Action Heroe (avec Crazy B et Mousse), ses mains expertes cajolent le cross-fader avec un sens tactile hypersensible. Sa discographie compte des collaborations avec Cutee B, D’OZ et les Triptik (un album prévu en mai), mais également Beef frog break sorti sur le label Playground, effectué en collaboration avec son collègue DJ Damage. Monsieur Pone possède une carte de visite bien fournie…

Après l’intro bourrée de voice-samples de M.O.P, la tape démarre fort avec Eon (récemment « chronicarté » pour le Porn again des Smut Peddlers), Evidence et Defari en livraison express pour un des meilleurs titres de The High & Mighty : Top prospect. Boucle de basse terrible, rythmique sublime, nappes de synthés fluides et hypnotiques, auréolées des voix rauques du trio, Top prospect n’a pas pris une seule ride. Akrobatik (feat. Eon) vient mener la danse après ça sur Sport center, un titre tiré d’un maxi vinyle sorti sur Eastern Conference/Rawkus. Ensuite, si on prend la peine de lire le track listing, on se rend compte au premier coup d’œil que Pone est un fan de feu Big L. De fait, la K7 contient pas moins de six morceaux de cet illustre MC new-yorkais. Sur la face A donc, on a droit au célèbre On tha mic, suivi par une version de The Heist, où L raconte une bonne histoire de maquereau à la recherche d’une de ses putes qui l’a trahi, un récit plus ou moins autobiographique. Pone enchaîne ensuite avec le tubesque Holdin’ it down, un morceau plutôt mainstream, avec le refrain chanté de Miss Jones et les featurings de AG et Stan Spit. Pone transforme la voix de L. et joue avec les rimes, en nappant par moments les voix des MC’s d’un effet d’écho appréciable. Vient derrière le superbe Flamboyant, un des plus beaux titres de Big L, et une collaboration avec le vétéran Kool G Rap (l’apocalyptique Fall back). La démarche du DJ des Double H est louable puisqu’il rend hommage à L, un MC trop souvent ignoré, qui mourut en 99 dans les rues de Harlem. L., alias Lamont Coleman, était membre des DITC, un crew new-yorkais regroupant entre autres Fat Joe, Finesse, DiamonD, et Showbiz & AG. On regrette seulement le choix de prendre des titres issus de son album post mortem The Big picture. Surtout qu’ils ne sont pas -comme la plupart des morceaux de cette cassette- vraiment retouchés. Mais Rawkus oblige, on a compris, et on reprend ses esprits…

La face B est un peu plus variée. Le premier titre (Grimi way) est bien stimulant. Son beat nerveux et ses samples grondants permettent aux deux MC’s (Big Noyd et Pro) de larguer leurs récits avec panache. Viennent ensuite Talib Kweli & Hi-Tek qui fournissent LA bombe de la tape en propulsant leur The Blast au sommet de la mixtape. Un morceau entraînant qui s’écoute aussi bien dans sa caisse qu’autour d’un bon barbecue, lors d’une journée ensoleillée bien enfumée. Certainement le meilleur choix de Pone. Ca donne envie de réécouter Black Star ou encore le Reflection eternal de Kweli & Tek. On retrouve d’ailleurs avec plaisir le très bon Mathematics de Mos Def un peu plus loin. Tout comme la version de Simmons says de Pharaohe Monch qui comprend les guest-stars Redman et Method Man. Un morceau accrocheur, présent sur l’album solo de Monch : Internal affairs.

Les sons s’enchaînent parfaitement et on prend plaisir à (ré)écouter tous ces morceaux. Un peu plus de scratches et de remix auraient été les bienvenus. Mais c’est parfait pour les amateurs de hip-hop qui ne connaissent pas vraiment l’écurie Rawkus. Flying rythms est un bon moyen de s’initier à ce label, qui fut pour quelque temps un des fers de lance du hip-hop indé. Et même si on sait que pas mal d’argent injecté dans le label vient -indirectement- d’un magnat australien plutôt détestable, Rawkus a tout de même servi la tâche du hip-hop, et par-là même de bon nombre d’autres petits labels. Mais ce n’est pas une raison pour s’endormir sur ses lauriers. Après la sortie du Smut Peddlers (sous licence, il est vrai), il faudrait un peu plus de jus au label pour redémarrer sur de bonnes bases. On salue tout de même DJ Pone, qui nous propose du bon son bien travaillé. Oldies, but goodies…