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3
sur 5

Tout droit sorti de la scène bass music des années 80, DJ Magic Mike s’est longtemps exercé à faire remuer les noctambules hantant les clubs de Floride. Plusieurs singles et deux albums ont réussi à lui apporter une certaine notoriété -qui n’a cependant pas traversé nos frontières… Vers la fin des années 90, sa rencontre avec plusieurs personnes de chez Mo’Wax -venues négocier les droits d’un de ses morceaux pour un titre de DJ Shadow- lui permet de signer sur le label anglais. Résultat, le premier album de Magic Mike diffusé à grande échelle voit le jour. The Journey est à la fois une introduction à l’œuvre du DJ (compilation d’anciens morceaux retravaillés et remixés) et une des premières pièces de Booty Wax, nouvelle filiale de chez Mo’Wax, dédiée au phénomène « bass culture ».

Dès les premiers morceaux, ce furieux manipulateur de platines annonce la couleur : rythmes expéditifs, boucles prenantes, basses (bien évidemment) percutantes, mais surtout, toute une série de scratches survoltés. A des centaines de lieues des très actuels et féroces Qbert, Scratch Perverts ou Mixmaster Mike, l’extrêmement respectable nouvelle vague, l’introduction de cet album rappelle l’époque où les pionniers West Street Mob, Cash Money ou DJ Red Alert découvraient qu’un primaire aller retour sur la platine suffisait pour enflammer un morceau. Oui, les scratches de Magic Mike sont donc terriblement basiques, mais ils sont loin d’être inefficaces. Ces méchantes manipulations de vinyle expédient ses instrumentaux vers les hauteurs des plus brillants morceaux de hip-hop oldschool connus à ce jour…

Seulement, The Journey est une compilation qui présente les diverses facettes de Mike et, à notre plus grand regret, le hip-hop n’est pas sa seule préoccupation. Soyons clairs : la première partie de l’album (précisément, de la plage 1 à la plage 8) tient de la pure tuerie. Mais, dès qu’on bascule dans le second volet du disque (à partir de Drop !), on s’aperçoit avec épouvante que Magic Mike prend aussi son pied avec de vulgaires et ringards plans techno dance. On l’imagine mixant cette mélasse pour des fêtards tenaces, se contentant de n’importe quel beat pour remuer encore et toujours… De morceau en morceau, Mike enfonce le clou, alignant lourdement une série de plans aseptisés (Da’ jungle, techno de club vraiment lourdingue), voire préfabriqués (Check out dat butt ! est un long instrumental de programmation flemmarde, aussi gonflant qu’inintéressant).

Peut-être conscient que son mix est bien meilleur lorsqu’il s’agit de hip-hop (pas de doute là-dessus), Magic Mike termine cependant son disque avec brio. Une fois les égarements house du DJ terminés, il revient sur un hip-hop de qualité. Bien plus posés que la fougueuse première partie de l’album, Damn that bass, Get rocked et Mike’s the man sont peut-être les morceaux les plus réussis de The Journey. En pleine redescente, bourrés de savoureux scratches flegmatiques, ces instrumentaux sereins nous permettent donc de quitter Magic Mike en bons termes. Tant mieux.