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4
sur 5

Quand je mets le disque de Discom dans les bureaux de Chronic’art, il y a régulièrement quelqu’un qui s’amène et me demande en regardant mon PC d’un air inquiet : « C’est quoi ce bruit insupportable ? » L’impression que cette musique provient d’un dysfonctionnement informatique est en effet la première que procure Smuglo, le premier album du projet électronique monté par Lionel Fernandez et Erik Minkkinen de Sister Iodine. Le morceau d’ouverture, Hard-off-supbrain, correspond à un clignotement sonore numérique, aigu et répétitif, hypnotique, qui se finit par le gel du son, le blocage du CD sur la même boucle ultra-rapide, juste assez longtemps pour que l’auditeur s’inquiète du bon fonctionnement de son lecteur.

Smuglo semble donc s’inscrire de premier abord dans la recherche formelle élaborée par des projets comme Disc (sur le label Vinyl Communication), Oval, ou dans une certaine mesure People Like Us ou Negativeland : une certaine technique du détournement électronique, de l’utilisation des défectuosités technologiques pour produire de la matière sonore aléatoire. Oval est l’influence la plus frappante, de la défragmentation du son à la pochette du disque Photoshop. Cependant, l’ambition de Discom dépasse la simple manipulation formaliste et semble viser à produire un réel langage musical, à organiser les sons dans le temps et dans l’espace pour produire des émotions avant de simplement susciter la réflexion théorique.

Par une certaine ironie dans l’utilisation des patterns, un sens du contre-pied et de l’effet de surprise, Discom est un projet qui suscite la sympathie. La plupart des morceaux fonctionnent sur la brisure de la répétitivité, le changement à partir d’une continuité hypnotique. On peut formuler l’hypothèse selon laquelle la rupture qui stoppe les pulsations signifie l’intervention de la main de l’homme sur le déploiement en roue libre des sonorités synthétiques. Les textures sont admirablement choisies, fréquences basses ou aiguès qui suscitent l’attention autant qu’elles donnent mal à la tête. Le jeu avec l’auditeur se joue sur cette limite borderline entre l’écoutable et l’inaudible, élaborant une tension, une certaine inquiétude quant à l’effet possible sur l’appareil auditif d’une subite déflagration sonore. Comme la peur du larsen. De Smuglo se dégage l’impression d’écouter une machine déréglée, folle, dont on ne sait jamais vers quelle douloureuse facétie électronique elle va. Jusqu’à ce que quelqu’un clique sur la souris pour baisser le volume sonore. Ouf !