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4
sur 5

Après nous avoir sauvé la vie (Chicks on speed will save us all, n° 1 dans mon top 10 de cette année), les Chicks on Speed poursuivent leur techno-expansion, leur électro-mondialisation, en sortant simultanément deux références pan-chicks sur leur label Chicks on Speed Records.

Chix-52 est un maxi 4 titres en hommage aux B-52’s, cuisiné par les poulettes en compagnie du gratin electro européen : David Caretta, Ramon Bauer, Gerhard Potuznik (dont il faut absolument écouter le single neworderien sorti sur Breakin’ Records sous le nom de G.D.Luxxe). Avec le désormais classique Give me back my man déjà présent sur l’album, Song for the future génération et son credo conquérant (« I wanna be the king of the universe »), Strobelight et son tempo obsédant, The Chix Machine et son propos totalisant (« Don’t think / The chix machine will think for you »), soit quatre titres menés à un train d’enfer, mélangeant les voix masculines et féminines selon le procédé godardien d’associations et de juxtapositions sonores, pour une re-création de la singulière énergie des B-52’s, la stridence des vocaux féminins et la scansion revendicatrice mixées en avant, sur des beats tordus, ébouriffant.

Sylvester Boy, dont l’album Monsters rule the world sort aussi sur COS Records, semble être la nouvelle créature des Chicks, leur toy boy, leur monstre de Frankenstein à elles, dressé à l’électricité, machine de guerre archi-cheap, soldat de plomb de leur expansion (« It’s discoparty war / Sylvester boy / Terminator toy / Future cop robo frog »). On doute franchement de la réalité de ce Sylvester Boy, même si un certain Thomas Sehl (aka Schorsch Kamerun) est crédité sur la pochette pour la musique et les lyrics. Les notes de pochette mentionnent « Yes, it’s true, I am the Sylvester Boy », mais on n’est pas dupe, ce Sylvester Boy-là sera le cheval de Troie de la guerre que mènent les COS contre le big business. Monster rule the world est à entendre selon son double sens : les monstres règnent sur la planète (Bill Gates, J-M Messier, etc.) et les monstres vont régner sur la planète (Frankenstein en première ligne, Sylvester Boy et les poupées copiées-collées qui errent sur le site des COS en fantassins désarticulés). Belliqueux, l’album de Sylvester Boy se décline comme un hommage permanent à Love missile, le tube eighties des défunts Sigue Sigue Sputnik (produit par Giorgio Moroder, la boucle est bouclée), sorte d’hymne guerrier monté sur « la » bass-line electro (le son primordial, la table de la loi electro que Tocotronic, Console, Michiko Kusaki et consorts reprennent en chœur dans chacun de leurs disques), agrémentée de vocaux vindicatifs, éructations à la Alan Vega, nimbées de réverbération et de montées de synthés vintage. Les trois accords fondamentaux d’un Elvis futuriste et punk, joués sur une machinerie high-tech.

« In New York City and Tokyo / Monsters rule the world » : les monstres règnent sur la planète, mais ce sont les nouveaux monstres, les Freaks à la Todd Browning, les monstres sympathiques dont l’étrangeté et la singularité constituent l’éternelle lutte de l’individu contre l’uniformité et la dictature du super model. Situationnistes, les COS et leur Ken Sylvester Boy sont les Barbies démembrées de la nouvelle société du spectacle, énonçant la critique définitive du silicone et du bronzage intégral, du hâle global.