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3
sur 5

Suite des ébouriffantes aventures de David Krakauer sur la planète klezmer, quelques mois à peine après son retour aux sources live dans une cave de la rue Florianska, à Cracovie, là où sa famille a ses racines. Sur ce Live in Krakow intervenait déjà un talentueux personnage qu’on retrouve aujourd’hui aux avant-postes du « Klezmer Madness ! » : Josh Dolgin, plus connu au Canada sous le nom de Dj Socalled. Plus jeune de 20 ans que Krakauer, ce manieur invétéré de samplers et de boîtes à rythmes découvre la musique klezmer sur le tard, après que la bande de John Zorn lui ait donné une seconde jeunesse, à partir du début des années 1990. Sans se poser de questions, il y ajoute tout ce qui lui passe par la tête (boucles, beats rap, voire samples de chants liturgiques) : Krakauer se prend d’admiration pour le génie combinatoire de ce talentueux excentrique et lui fait la faveur d’une intervention sur son album HiphopKhasene, en 2003, enregistré en compagnie de la violoniste du groupe anglais Oi Va Voi Sophie. De fil en aiguille, Dj Socalled finit donc par se retrouver au cœur du dispositif du clarinettiste américain, chargé de mettre un peu de piment électronique dans la musique et, à l’occasion, d’y rapper et chanter. Autant dire qu’avec Bubbemeises (un mot yiddish qui désigne les absurdes bobards racontés par grand-mère : « Lies my gramma told me », dit le sous-titre), David Krakauer se tient plus que jamais à la croisée des chemins entre tradition revivifiée et hypermodernité décalée, l’énergie du rock et le punch du funk venant faire exploser les entêtantes mélodies imaginées par le clarinettiste pour un feu d’artifice musical où l’on trouvera un peu tout et n’importe quoi. L’énergie et la virtuosité de Krakauer d’un côté (longues lignes sinueuses et ascendantes dont on se demande si elle finiront jamais, incursions spectaculaires dans le suraigu, incroyable faculté d’aller toujours plus haut dans la ferveur et le déversement), la richesse et l’humour des arrangements de l’autre mettent littéralement KO : entre chansons, beats, samples, riffs de guitare saturée, batterie énervée et accordéon mélancoliquement traditionnel, on ne sait franchement plus où donner de la tête. S’il fallait mettre « Klezmer » et « Madness » dans la balance, on n’hésiterait pas à dire qu’elle penche de plus en plus du côté de « Madness », encore que ce genre de comparaisons n’ait finalement guère de sens. Bubbemeises reprend du début à la fin la recette de Live in Krakow (avec, peut-être, quelques épices en plus), mais rien à faire : on est surpris à chaque seconde. Face au torrent Krakauer, une seule solution : ouvrir les vannes, pousser le son et se laisser porter. Frissons garantis.