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sur 5

Le collectif lillois jumeau de Tone Rec, initiative française parmi les plus excitantes dans le domaine des musiques électroniques exploratrices, continue son bonhomme de chemin, et nous offre son troisième opus en moins d’un an et demi. Force est de constater qu’il continue d’aller de l’avant, à une vitesse qui plus est vertigineuse.

Sous-hit, qui sort cette fois-ci sur Digital Narcis, label du Japonais Kojo Marutani (qui s’attache autant à rééditer le Seven Tons for Free de Pita qu’un inédit de Bernhard Günter…), voit en effet Dat Politics continuer à investir leur musique si particulière avec plus de brio, d’humour, de verve que jamais, en greffant à leurs divers affects de prédilection (glitches en tous genres, rythmiques binaires saturées, mélodies ultra-tonales déconstruites, voix familières déshumanisées à grands coups de rasoir digital) des effets et des boutades sonores inédites. Le ludique continue d’être la composante principale de l’art de Dat Politics : la musique électronique expérimentale la plus abstraite et l’electronica mélodique la plus débridée, voire une electro pop désincarnée qui aurait oublié d’être idiote et seulement référentielle. Ainsi, le disque commence avec neuf très courtes plages où un hurlement strident d’enfant est passé dans divers filtres le faisant muter en une séquence aiguè purement électronique, introduisant le pétaradant 10, où des nappes saturées et une mélodie entêtante se confondent avec une ligne de basse new-wave sautillante. Un vrai petit tube, en somme, et du très grand art de construction/déconstruction de pop post-digitale…

Sinon, Dat Politics fait toujours aussi bien groover ses rythmiques saturées (12), hurler ses mélodies les plus tendres, toujours influencées par le légendaire Plux Quba de Nuno Canavarro (15), danser ses larsens digitaux sur une mélodie idiote (16), chanter un chœur de peluches meurtrières (samplées sur la BO d’Akira ?) sur un tapis de crépitements glacés (18)… A la fois plus pop et paradoxalement plus extrémiste que ses prédécesseurs, qui sortaient pourtant déjà largement du lot de l’internationale electronica, Sous-hit est sans contexte le disque le plus abouti de Dat Politics, qui après plusieurs productions remarquables sur des structures aussi prestigieuses que A-Musik en Allemagne, Fat Cat en Angleterre ou Tigerbeat6 aux USA, s’expatrie au Japon pour sortir ce qu’il convient tout simplement d’appeler un chef-d’œuvre. A découvrir impérativement.