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4
sur 5

Booth et Brown affectionnent le format court : de Garbage à Anvil Vapre, de Cichli Suite à Envane, de Keynell à la première Peel Session, autant de bijoux (sans compter les chefs-d’œuvre de leur projet parallèle Gescom) où le duo le plus essentiel et le plus influent de l’IDM britannique offre systématiquement des œuvres tout aussi essentielles que leurs albums.
Cette deuxième Peel Session, toujours enregistrée live pour l’émission de John Peel (le son très compressé est là pour l’attester), est récente, contrairement à la première, qui datait de 1995. Cette fois-ci, le document est contemporain de EP7 (au statut également problématique, puisqu’il s’agissait plus d’un EP en deux parties que d’un véritable album…), et on retrouve même une version désincarnée d’un morceau de EP7 (Gaekwad est construit à partir d’éléments de Maphive 6.1) sur cette Peel Session 2. Celle-ci ressemble pourtant plutôt à une pirouette qu’à une continuité linéaire du travail récent du duo, concentré sur une érosion des sons granulaires et un concassage des rythmes de plus en plus éloignés de la ligne claire.

Nouveau pied de nez à ceux qui avaient cru déceler un mouvement et une évolution logique dans la progression du groupe, ce disque force à nouveau la trajectoire décidément bien aléatoire de la musique d’Autechre, rebondissant dans une direction inédite, puisqu’elle ne constitue ni un retour vers le passé ni un bond en avant dans une direction préétablie (continuité donc d’EP7 et de Minidisc, sorti en collaboration avec Russel Haswell sur le sous-label de Touch Or uniquement en format minidisc et qui reste à ce jour le travail le plus expérimental du duo) : on nage comme à chaque fois dans des eaux troubles, et les quatre longs morceaux de cette Peel Session se proposent comme des ponts alternatifs entre EP7 et LP5, l’album de 1998 aux contours plus « nets ».

Seul équivalent et instance reconnaissable dans la discographie passée du duo mancunien, Stop Look Listen, présent sur la compilation Wap100, semblait préfigurer les mélodies étonnamment guillerettes, presque arabisantes de Gelk, qui se mue pourtant bien vite en un insidieux cut’n’paste de séquences abstraites très surprenant. Comme à chaque fois, on se délecte d’être ainsi aspiré dans un no man’s land où l’on découvre, ébahis, de nouveaux morceaux aux structures incertaines ; l’esprit s’engourdit de s’être fait manipuler l’intellect quand on pensait se reposer un peu sur quelque base connue. Autechre, comme architectes de l’âme ?