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4
sur 5

Voici le nouvel Allessandrini, la star montante du baroque. Après des enregistrements de Vivaldi, il revient à Monteverdi en continuant à explorer les œuvres du 8e Livre de madrigaux dont le fameux Combat de Tancrède et Clorinde, page véritablement révolutionnaire. Représentatif du madrigal « guerrier », il constitue un des manifestes esthétiques (apparition du tremolo entre autres) du nouveau genre défendu par Monteverdi et notamment dans sa préface. Ecrit plus de quinze ans auparavant, Le Bal des Ingrates est lui représentatif du madrigal « amoureux », page émouvante par son exceptionnel expressivité.

Mais surtout Monteverdi (1567-1643) achève de faire entrer le théâtre sur la scène musicale : c’est le genere rappresentativo. La mise en espace sonore, les effets musicaux faits de figuralismes saisissants, la présence d’un récitant (personnage énigmatique qui est à la fois dans et hors de l’action) font du Combat une œuvre inclassable, entre l’opéra et le madrigal. Souvent appelé « cantate scénique », Monteverdi apparaît à la fois comme le premier et le dernier compositeur de madrigaux. Ici la déclamation, qui se fonde et colle aux mots du Tasso, poète incontournable à l’époque, symbolise l’aboutissement de ce qu’était le récitatif dramatique qui devait servir avant tout le texte. Commentateur virtuose, il doit respecter l’équilibre entre ses emportements et la distance requise au personnage.

Donc c’est avant tout la réussite de Roberto Abbondanza qui est impressionnante. Avec une diction exemplaire, une caractérisation hallucinée du combat mortel que se livrent deux amoureux, son interprétation est à ranger à côté des meilleurs comme celle de Werner Hollweg (qui n’est pourtant pas italien). C’est une version très nettement expressionniste, possédant un souffle qui ravit et enthousiasme l’auditeur. D’autant que le Concerto Italiano ne se ménage pas non plus. Par les contrastes (ces fameux contrastes baroques !), la simplicité et la retenue, la pudeur du Bal des Ingrates fait plaisir et nous rassure sur les intentions d’Alessandrini. Si certains peuvent y trouver parfois du mauvais goût, des excès (et il faut en effet parfois se méfier de l’évolution de certains baroqueux), ce disque est un plaisir que l’on pourra goûter plusieurs fois sans lassitude aucune.