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François-René Duchâble (piano) / Jean-Marc Luisada (piano)

Le piano français se porte bien, très bien même, merci, et à ceux qui en douteraient encore, qu’ils écoutent ces deux gravures, où la technique, transcendante, ne le cède en rien au style, au panache, à l’esprit : du très bel ouvrage, en vérité.

Retrouvant Chopin comme on revient à ses premières amours, Duchâble nous sert des Polonaises ivres de rythme, de couleurs, ravageuses, incendiaires… l' »Héroïque » n’aura jamais mieux porté son nom ! Dans ces pages archi-connues et trop souvent exécutées -au sens littéral, s’entend, car nous ne serons pas de ceux qui n’osent avouer leur goût immodéré pour le génial Frédéric-, Duchâble arrive encore à surprendre, dans des tempi fulgurants, une liberté de ton d’autant plus grande que le texte est admirablement maîtrisé. Horowitz, Argerich aussi, ne sont pas loin, le Français nous a fait très forte impression dans ces pages-là, et confirme (après notamment, le superbe Concerto en sol de Ravel avec Plasson) quel artiste d’excellence il est.

Avec les Chants du Rhin, on aborde territoire beaucoup moins défriché que le précédent. Inspirés par les vers éponymes de Joseph Méry (plus connu comme co-librettiste du Don Carlos de Verdi), ces « lieder sans paroles », comme Bizet les aurait lui-même sous-titrés,.

révèlent à quel point le père de Carmen fut aussi un auteur pour clavier magnifique, inspiré, élégiaque et virtuose, qui méritait d’être redécouvert. C’est chose faite, car il trouve en Luisada (pour son arrivée chez nouvel éditeur) serviteur ad hoc, au pianisme vigoureux et poétique, plein de rythme et de couleurs. Luisada, qui renoue heureusement, aussi, avec une certaine tradition française de Fauré (Yvonne Lefébure, bien sûr) avec ces Six nocturnes très engagées, osant ce Treizième que Horowitz (encore, toujours…) marqua en son temps par une interprétation inoubliable (RCA). Comme Duchâble, on savait Luisada chopinien d’exception : ces deux-là, aujourd’hui, donnent toutes leurs lettres de noblesse à l’école de piano de notre petit -mais brillant !- hexagone…