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Un an après la tournée « Hot spectrum » (dont nous avons eu un aperçu aux Instants Chavirés), ElectroniCat était dernièrement de retour au Batofar pour nous donner l’eau à la bouche. Ce nouveau concert présentait les derniers travaux de l’intéressé (un EP vinyle est annoncé chez Noise MuseuM, le second album devrait logiquement suivre). Et d’un concert à l’autre, l’évolution était considérable, tant au niveau du style que de la prestation technique… Comme à l’accoutumée, images et sons entraient en collision de manière inattendue.

Après une brève introduction de mix techno, assurée par Fred Bigot, Cécile Babiole, l’ »artiste multimédia », a investi la scène pour un set de VJ-ing (remplacer le D de DJ par un V comme vidéo). Installée derrière son ordinateur, la jeune femme manipule diverses sources d’images et de sons, retranscrites par le biais d’un rétroprojecteur et sur des écrans disposés de-ci de-là. Les boucles commencent alors à tourner : plusieurs petits bonshommes, constitués d’énormes pixels, s’activent mécaniquement sur fond de sons synthétiques saturés. Les saynètes s’entrecroisent et forment progressivement une succession de mouvements aléatoires totalement hypnotiques, les sons saccadés rendant le tout bien abrutissant. Le montage s’exécute en temps réel, et le rythme des images diffusées suit l’humeur du moment : parfois calme et envoûtant, ou haché et agressif, soudainement statique, pour finalement arriver au chaos total, durant lequel personne n’y comprend plus rien… Surprenant. Ce set de mix vidéo qui, selon les propos de Cécile Babiole, était l’ébauche d’un nouveau projet, nous laisse donc impatient de voir ce que donneront ses futurs travaux.

Une fois remis de nos émotions, le concert d’ElectroniCat a donc commencé. A l’aide d’une caméra numérique reliée à son ordinateur, Cécile Babiole assurait les visuels en filmant la scène, passant ses images à travers des filtres énigmatiques. Fred Bigot et son invité, DJ Enis, ont débuté le set en berçant le public avec ce classique vrombissement, typique à ElectroniCat, situé entre l’infrabasse et la percussion lourde. Seulement, cette introduction prévisible ne laissait en rien entrevoir la suite… Très lentement, les dissonances se sont greffées aux rythmiques, pour former, petit à petit, un amas de sons indissociables et hypnotiques. De plus en plus massive, l’armée de rythmes répétitifs évoluait graduellement, sans que l’on se rende bien compte. Un peu comme un produit euphorisant et démoniaque, dont on ne s’aperçoit des effets que lorsqu’il est vraiment en pleine action. Au niveau des rythmiques, l’apport de DJ Enis fut de taille : le duo pilotait deux Tr808 -des boîtes à rythmes analogiques- branchées en série (imaginez ce que pourrait donner la prise de son saturée d’un troupeau de pachydermes au galop). Pour le final, ElectroniCat nous a achevés, en beauté, d’un riff de guitare bouclé et modulé de manière indescriptible. Du début à la fin, cette orgie de sons trafiqués fut donc radicalement efficace.