On le sait trop peu parce qu’ils ne sortent plus vraiment de disques, mais les Boredoms, cette expérience si singulière de dadaïsme primale et superdense dérivée vers un psychédélisme total et terminal (on n’oserait tenter le décompte des tâcherons surlookés qui courent, en vain, après leur folie et leur surpuissance psychotrope) ne se sont pas évaporés dans l’espace-temps, et ont le coeur qui bat très fort depuis quelques temps. Si la guitare nécessaire de Seiichi Yamamoto est définitivement parti résonner son subtil boucan ailleurs (Rovo, Omoide Hatoba, Ruinzhatova), le quatuor trois batteries + Eye (cris, drones, guitare à sept manches et SFX) multiplie pour les chanceux les concerts expériences et les projets faramineux, à l’image de l’incroyable « 77Boadrum » donné le 7 juillet 2007 à Brooklyn, qui rassemblait 77 batteurs (un « 88boadrum » est prévu le 8 août 2008), ou du concert très spécial qu’ils ont donné pour quelque chanceux triés sur le volet le 24 décembre 2004, au Laforet de Roppongi à Tokyo. Si aucun concert n’est prévu en France pour l’instant, on se fera, pantelant d’excitation, une petite idée amoindrie de leur état de grâce prolongé grâce à Thrill Jockey, qui édite enfin en version luxe (40 pages de dessins et de partitions) la performance pour le monde, et au Commmons de Sakamoto, qui nous gratifie d’un live de 2005 en DVD plaqué or.

Rappel des faits. La veille de noël de 2004, les V?Redoms, groupe de percussions mené tambours battants et pédales magiques par le sanctifié Eye Yamatsuka, émergeaient du silence pour donner, en compagnie d’un chœur de seize chanteurs en chemises blanches, son premier concert depuis des lustres. Trois ans et demi plus tard, l’enregistrement voit le jour sous cellophane Boredoms, qui en profitent pour raviver leur série d’outredisques déguisés Super roots. Les fidèles le savent, les V?redoms sont l’incarnation d’outre-tombe, ésotérique, sans discographie officielle pour enfermer le flux de leurs performances aux envies d’infini (le ?) des Boredoms, la continuation magique, trois batteries et un homme-orchestre, de son existence incertaine. Super roots 9 est donc l’enregistrement du concert évoqué ci-avant, tapis de chœurs célestes, ascensions perpétuelles, processing acide et tapis de percussions dantesques, et si l’on peinera à expliquer les raisons de cette sortie inopinée, on est content, d’abord, de pouvoir dater sa musique (ce qui n’était pas le cas du précédent, tout à fait Coltrane-esque Seadrum / House of sun, paru en 2004 mais au contenu mystérieux), extatique, ensuite, de pouvoir jeter une oreille sur une performance déjà légendaire, comblé, enfin, d’avoir un nouveau Boredoms sur le bureau.

Le Live at Sunflancisco, ensuite, capture le quatuor de Yoshimi, Hira, Atari et Eye en pure grimpette cosmique : si le shooting est chiche (une seule caméra posée dans un coin qui zoome à l’avenant des évènements et entre les spots sur les bonds, cris et et ondulations de Eye ou les roulements ébouriffants des trois batteurs), on ne tarde pas à trépigner (mon dieu, ce break final un quart d’heure avant la fin) et léviter devant l’écran (my god, Yoshimi et Eye qui duettent quand la machine ralentit), tout le temps, dodelinant sur les coups de butoirs et les harangues du chef d’orchestre. Grand moment immobile, monumental, dialectique, petitement reconstitué mais malgré tout indispensable qui relance un coup la chimère inespérée de pouvoir, enfin, se carrer un beau jour la suite de Vision recreation new sun (putain, sept ans) entre les oreilles. En tout petit bonus, un cd audio assemble 11 minuscules minutes de roulements de tambour, et ça suffit à notre bonheur pour l’éternité. Précieux, vous avez dit précieux ?

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