Adaptation du livre d’Emma Mclaughlin et Nicola Kraus, Nanny journal d’une baby-sitter (2002) vendu à deux millions d’exemplaires à travers trente-deux pays qui en ont acheté les droits. Vrai best-seller, donc, basé sur l’expérience des co-auteurs (alors étudiantes) dans une trentaine de familles fortunées de Manhattan.

La satire des richissimes oisives de l’Upper East Side est réussie : descriptive (en décors réels) et méchante. Quant à la nounou du film (Annie – Scarlett Johansson), l’idée d’en faire une diplômée en anthropologie n’est pas mauvaise (car satirique), et donne lieu à une autre idée (de jeu d’acteur). Scarlett Johansson bafouille, car son personnage est happé par son terrain d’étude et se fond dans un rôle d’exploitée sans voix (anthropologie participative). Le plan qui la montre aux côtés de ses consoeurs mexicaine ou afro-américaine non diplômées assume la fonction dénonciatrice de la satire.

On attendait le moment où notre nounou, qui reste une diplômée, retrouverait sa voix. La scène de règlement de compte est-elle réussie ? Non pour le champ : l’effet fish eye sur la nounou qui éructe, une bouteille de whisky à la main, est facile. Oui pour le contre-champ : l’assemblée pétrifiée des richissimes oisives de l’Upper East Side, les larmes déjà sèches qui coulent sans effusion, sont plus paradoxales. Tant que le film reste froid et dur, il est réussi. Dès qu’il se relâche, s’ouvre à la revendication ou au merveilleux (cf. le ridicule parapluie rouge d’une Mary Poppins actuelle), il est mièvre, mou, et joue trop sur la sympathie. A ce titre, les personnages du copain (lui aussi ouverture sur le merveilleux – Chris Evans) et de la copine (Alicia Keys) sont en trop : on aurait pu imaginer le film (un autre, moins gentillet), sans eux.

La richissime Mrs X (Laura Linney) est une mécanique sociale réglée sur les fluctuations de son mari immonde (Mr X – Paul Giamatti). Mais souvent elle se brise (par exemple en robe rouge, pour le dixième anniversaire de son mariage). Et se ressaisit comme d’habitude dans ses raideurs de classe (vêtement, langage). Au diapason des glaciations subites en lignes brisées de ce personnage, le film remplit sa double fonction satirique et romanesque. Ce qui nous amène à imaginer un film (un autre, moins gentillet), qui aurait pris son parti et envisagé la nounou à travers ses yeux, pour un pari autrement paradoxal et doublement glaçant.

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