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sur 5

Nous sommes à la fin du mois de janvier et, autant le dire sans ambages, ce troisième album de Will Oldham sous le pseudo de Bonnie Prince Billy est d’ores et déjà, pour nous, l’album de l’année 2003. Plus épuré, et moins charnel que Ease down the road, c’est un album d’amour parfait que Will offre ici à sa nouvelle compagne.

Pour la première fois de sa carrière, il est parti enregistrer à Nashville, sous la houlette de Mark Nevers, le producteur de Lambchop, utilisant des musiciens avec lesquels il n’a pas l‘habitude de jouer. Il a en effet fait appel à des musiciens de session, après que son frère Paul et lui-même aient enregistrés les démos dans leur maison-studio familiale de Shelbyville, dans le Kentucky, où fut notamment enregistré le dernier album en date de Nicolai Dunger. Comme à l’accoutumée, les chansons ont été enregistrées en prise directe en studio. Deux membres de Lambchop, le pianiste Tony Crow et le guitariste William Tyler ont participé à ces sessions nashvilliennes, alors que Mary Slayton, autre habituée des studios de la capitale de la country, habite de sa voix cristalline certains morceaux, notamment sur The Way, le titre qui ouvre l’album et lui donne cette allure de trésor virginal. Refusant désormais toute forme d’interview ou de rencontre avec les médias, au grand dam de sa maison de disque européenne, Will Oldham cherche aujourd’hui à éviter un culte de la personnalité inhérent à son personnage, à ses alias multiples et à sa production pléthorique, comme le suggère Joy and jubilee, où il chante qu' »il n’y aucune raison d’être vu, personne ne sait où j’ai été ». Des paroles au parfum autobiographique, car au cours de l’été passé, même sa maison de disque ne semblait plus avoir de nouvelles de lui, adresse e-mail obsolète et téléphone mobile coupé.

Sans la moindre trace de percussion, Master and everyone reste assez minimaliste, tout en étant truffé de sonorités quasi-expérimentales, un « quelque chose d’organique », qui remplace la chaleur et le souffle de certains enregistrements de jadis. Car la production de ce disque est aussi impeccable, laissant s’envoler une voix qui n’a jamais été aussi pure que sur Hard life, où Will atteint des sommets connus de lui seul, porté par une guitare elle aussi séraphique. Ce titre et Wolf among wolves comptent parmi les plus belles chansons de son répertoire déjà hors du commun. Master and everyone est donc un disque apaisé de folk dépouillé, habité par une voix atypique et des mélodies sans appel. Will Oldham place une nouvelle fois la barre bien trop haut pour la concurrence. Plus que jamais, il existe bel et bien un maître et les autres. Magistral !