PARTAGER
4
sur 5

Les B.O. des films de Tarantino font toujours, comme ses films au box-office, des cartons au top 50. Parce que Tarantino est un vrai cinéaste pop : il synthétise et magnifie la culture populaire, cette sous-culture anecdotique de consommation qui attend encore d’être pleinement intellectualisée. Parce qu’il a bon goût, et parce que la pop-music est un rouage essentiel de son cinéma, les personnages de ses films deviennent des icônes pop également en grande partie grâce à la musique qui les accompagne (comme le thème de John Barry a fait de James Bond une icône pop). Ici, musique et image coïncident efficacement, tant dans l’adéquation formelle virtuose que dans les systèmes de références hors-champ qu’elles sous-entendent. Une histoire du cinéma rencontre une histoire de la musique, et le rituel d’apprentissage que semble constituer Kill Bill est autant visuel que musical. Du bébé dans le ventre de sa mère, qui perçoit, étouffé et sourd, le Bang-bang (my baby shot me down) du revolver (la WASP Nancy Sinatra produite country western par le sudiste Lee Hazlewood) dans le creux du plasma, aux travaux d’écoliers (siffler en se battant, sur le Twisted nerve de Herrmann, c’est aussi voir la mort avec des yeux d’enfants) jusqu’aux difficiles examens lycéens (le bubble-rock de l’orchestre japonais, Whoo hoo par les 5.6.7.8.’s), c’est la sur-éducation du jeune Tarantino, devenu professeur compulsif, qui appert de cet enchaînement initiatique de tubes.

Les obsessions du film-maker relèvent désormais du gimmick (le titre surf-rock, That certain female de Charlie Feathers), tandis que s’agrégent des influences ouvertement cinématographique (The Grand duel de Bacalov est un hommage à Leone et Morricone, avec harmonica de rigueur) en une impression générale de foisonnante mixité et de délirante multiplicité. Ainsi, comme un curieux miroir inversé de Lucy Liu américaine triomphante aux pays des yakuzas, The RZA importe l’imagerie tranchante des samouraïs au rap dur du ghetto new-yorkais (Ode to Oren Ishi), tandis que le très blaxploitation Run Fay run de Isaac Hayes traîne en longueur son intro comme certains dialogues du film. La reprise du Don’t let me be misunderstood des Animals par un orchestre mariachi-techno a un effet comique qui désamorce la violence de l’image autant qu’il en exalte la beauté plastique. Les illusions d’optiques ou invraisemblances visuelles (l’impression de voir Uma Thurman marcher au plafond) ou les anachronismes (le survêt’ jaune dans le jardin japonais médiéval) sont retranscrits dans la B.O. par les choc des cultures représentées et le mélange des genres musicaux. Quelque part entre la compilation Paris-Dernière et le juke-box d’un restaurant de Belleville. Au final, l’impression général de kitsch (le Green hornet de Al Hirt revisite mariachi le classique Minute merengue, le sirupeux et nippon Flower of carnage de Meiko Kaji circa 1974) et le lourd déploiement de moyens (d’effets : le morceau hard-rock et trompettes de la bataille dans l’hôtel) n’entrave pas le plaisir très premier degré de l’écoute.