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sur 5

Tout récemment, nous vous parlions de 21st Century boys, le best-of réchauffé des Sigue Sigue Sputnik, groupe culte issu des cendres de Generation X. Il faut croire que les papys du punk se sont donné le mot puisque c’est aujourd’hui la seconde moitié de Generation X, c’est-à-dire Billy Idol, qui commet son Greatest hits. Generation X n’a jamais été crédible -surtout face à la belle concurrence qui régnait alors en Angleterre- et on les a vite oubliés. Mais lorsque Billy Idol en pleine déconfiture, esseulé, fait appel aux services de Bill Aucoin, manager de Kiss, au début des années 80, celui-ci lui fournit l’alchimie parfaite : rock faussement débraillé, imagerie facile et une idole autoproclamée au premier rang. Ce qui n’aurait jamais pu fonctionner avec les punks britanniques, après ce relookage savant, va exploser aux USA où Billy Idol, parfait dans son statut de punk d’opérette, se fondra avec brio dans l’esthétisme préformaté de MTV.

Ce Greatest hits commence avec le très correct Dancing with myself, qui fit connaître l’artiste. C’est un bonheur de le redécouvrir et de se souvenir, un peu honteux, des poses prises devant la glace à tenter de singer le fameux rictus de Billy. Dancing with myself est un exemple de recyclage intelligent : ce titre a été paresseusement extrait du répertoire de Generation X. C’est même l’ultime single du groupe qui avait d’abord échoué dans le créneau punk, mais qui a trouvé son public par la suite. Dans les clubs notamment, là où sa veine disco-punk lui a assuré un relais vers le grand public, le propulsant ensuite en hymne d’une décennie qui a porté l’individualisme au pinacle : je danse tout seul et c’est cool… Fallait y penser.

La formule inaugurée a fait les beaux jours de l’Idol et a ouvert la voie à toute une série de singles où notre homme fait le rebelle tranquille : ses cheveux adorablement ébouriffés séduisent autant les petites filles perverses attirées par le grand ma(â)l(e) que leurs douces mamans. Les arrangements mainstream (Rebell Yell, White Wedding), à grand renfort de synthés gluants, permettent à l’ingénieur informatique en mal de sensations d’avoir l’impression d’écouter du punk sans qu’il risque d’y abîmer sa belle chaîne hi-fi. Tout arrive et même l’ami Billy parvient à être touché subrepticement par la grâce, le temps de Eye without a face : un slow qui a troublé notre adolescence pour s’inscrire durablement dans nos gènes et entourer les voix éthérées de son refrain d’un halo onirique, nous piégeant à tout jamais. Délaissant un moment l’esthétique pseudo-rebelle, Billy Idol surprend son monde avec Eyes without a face, cette perle en apesanteur qui tient encore la route 15 ans plus tard grâce à cet équilibre subtil entre rêverie et violence : Billy Idol est-il la réincarnation de Georges Franju ?

Ensuite, Billy Idol reste amusant quelque temps encore, glissant sur une pente aux tendances FM de plus en plus éhontées (Flesh for fantasy, Catch my fall) mais il n’intéresse déjà plus guère que l’Américain lambda. Qui d’autres pourrait être sensible à un type qui a célébré sa rémission d’un grave accident de moto (oui, oui, la rock’n’roll attitude !) par une reprise poussive de L.A. woman, titre peu inspiré des Doors ?

Cette compilation tente de justifier son existence (auprès des fans qui restent) grâce à la présence de deux titres exclusifs : une version unplugged de Rebell yell et une reprise du Don’t you (forget about me) des Simple Minds. Rien que de l’indispensable ! Cette dernière cover assoit Billy Idol dans son statut d’idole vieillissante, le cul plus que jamais entre deux chaises, n’essayant même plus de se faire passer pour celui qu’il n’est pas. Au final, William Broad (son vrai nom) qui voulut devenir Billy Idol n’est parvenu peut-être qu’à incarner Billy Stupid (une bonne idée de pseudo, plus punk et réaliste mais éloigné des fantasmes de gloire du peroxydé). Par moments, on a même cru qu’il pouvait faire de l’ombre à Iggy Pop. Vrai qu’à l’époque le challenge ne portait que sur du Blah blah blah !