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4
sur 5

Avec sa pochette mal foutue (le livret en contient d’ailleurs une autre, réjouissante parodie des covers à la Master P) et ses guests pas vraiment stars (mis à part Method Man), ce nouveau disque des Beatnuts risque d’être une nouvelle fois ignoré. Et encore une fois, ce serait une erreur. Car c’est un album des Beatnuts.
Les Beatnuts sont de cette génération de rappeurs new-yorkais new-school apparus au début des années 90, qui donna les Redman, Busta Rhymes, Nas, Notorious BIG et toute la Wu-Tang Family. Si commercialement leur trajectoire n’a pas été aussi brillante, artistiquement par contre, les Beatnuts n’ont cessé d’être aimés et respectés par les amateurs, depuis leurs débuts discographiques avec le Intoxication demons EP. Dix ans déjà. Du trio originel il ne reste aujourd’hui que JuJu et Psycho Les, qui continuent à sortir un album tous les deux ans, produit par leurs soins.

Arrivés aujourd’hui à leur quatrième LP, ils démontrent avec ce Take it or squeeze it qu’ils n’ont pas encore grillé toutes leurs cartouches créatives, contrairement à d’autres (depuis combien de temps n’avez-vous pas acheté un disque de Nas ?). Leur premier LP éponyme est un classique méconnu de cette année 1994 qui marqua plutôt l’apothéose de l’épopée G-Funk première période (c’est-à-dire d’avant 2Pac). Les deux albums suivants se perdront dans le flot de sorties d’un rap US parvenu entre-temps au cross-over mondial, sans eux. Mais les Beatnuts ne perdront jamais ce follow-up fidèle qu’ils avaient su se constituer dès leurs débuts, en continuant à développer le même hip-hop carré et efficace, sans trop se soucier du monde extérieur.

Si les Beatnuts ont tenu si longtemps, c’est précisément parce que ce n’est pas un grand groupe ; c’est juste un bon groupe. Leur univers est simple, sans ésotérisme futuriste ou pseudo-oriental, ni emphase gangsta post-Tony Montana : un peu de business, un peu de drogues et d’alcool, un peu de cul, un peu de violence, un bon esprit lascar, quoi. Quant à leur musique, elle est restée dans les tonalités crépusculaires exploitées déjà en 1994 -à rapprocher des facéties horrorcore à la mode à l’époque, pendant deux mois ; elle est aujourd’hui juste un peu plus dépouillée, évoquant par moments le RZA de Bobby digital ou de The W.

Les Nuts connaissent leur job. Ils savent toujours comment faire un bon morceau : une ligne de basse souple, un synthé lunaire, des lyrics bondissants et allez, emballé, pesé, c’est dans la boîte ! L’album s’ouvre par un It’s da nuts aux relents Alkaholiques, pour se refermer sans pause cinquante minutes plus tard sur un remix featuring Method Man du Se acabo qui concluait déjà A Musical massacre, le précédent LP. On est ravi de retrouver le groupe en aussi bonne forme.

On retrouve la marque Beatnuts, ces boucles entêtantes qui tournent autour des beats comme des serpents, sur plusieurs morceaux (Contact, If it ain’t gangsta, Who’s comin wit da sh*t Na). D’autres, au contraire, sont secs comme des katas assénés dans la gueule (Prendelo, Light it up), avec Tony Touch, ou No escapin’ this). Quelques perles stupides même, comme ce frénétique Let’s git doe, avec le débile Fatman Scoop que les puristes vont forcément désapprouver. Il faut l’aimer pourtant, pour sa stupidité justement. Presque tous les titres possèdent ce petit quelque chose qui rend les bons titres hip-hop différents des mauvais.

Alors c’est vrai, on a toujours un peu honte de conseiller le quatrième album d’un groupe de rap. ça fait ancien combattant, alors que le hip-hop est un Moloch avide de jeunesse qui semble dévorer ses stars tous les deux ans. Mais peu importe. Après tout, le disque le plus attendu de cette année 2001 n’est-il pas ce nouvel album de Rakim (on the mic depuis 1987), que doit lui produire Dr Dre (aux platines depuis 1985) ?