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3
sur 5

– «  »Pas de bras, pas de chocolat », c’est bizarre comme titre non ?
– Bah, tu connais pas l’histoire ?
– Nan ?
– « Papa, je peux avoir du chocolat ? », et le père répond : « Pas de bras, pas de chocolat ».
– … »

Avec son titre crypto-humoristique, le coeur du nouvel album de Bertrand Betsch balance, entre léger bonheur (Temps beau) et permanent fardeau (Le Lundi, c’est maladie, J’ai tout vu), le coupable et l’innocent, bonne foi et mauvaise volonté, beau temps et temps mort. Pas de bras, pas de chocolat se distingue du précédent album du chanteur parisien (le hanté B.B. sides) par une visible envie de joies, un désir de mélodies qui restent en tête, d’arrangements qui égaient (grâce également à son complice le guitariste Hervé Le Dorlot, ainsi que le soutien de Marcus Bell et de Jean-Daniel Glorioso). Le morceau titre, Pas de bras, pas de chocolat, pourrait être une lettre au père autant qu’une chanson de rupture, mais se fait entêtant avec ses basslines electro et son refrain au second degré, quand Temps beau est carrément un reggae aux explicites lyrics (« Regarde comme il fait beau, regarde comme il fait chaud (…) Temps beau, pour les idiots, temps beau pour les marmots »), et que Les Passe-temps raconte le pis-aller des activités qui trompent l’ennui et le mourir sur de petites guitares guillerettes et exotiques. Le tout joue sur la littéralité (idiotie du verbe, contre-pieds prévisibles, obstination des refrains), Betsch donnant parfois l’impression de se forcer pour finir ses chansons ou de surjouer la légèreté. L’avant-dernier morceau de l’album invite ainsi à « tournicoter », à « faire l’avion », à recommencer, malgré les difficultés… L’album s’achevant sur un L’Important, c’est de participer qui prolonge « en fanfare » cet optimiste un brin désabusé.

J’ai tout vu (version désenchantée du J’ai tout vu, j’ai tout lu, j’ai tout bu de Dutronc ?) se dit sur un seul accord ou presque, bleu et ponctué de soli de saxophone ou d’orgues : la bobine du film semble être tombée toute entière sur la tête de Bertrand Betsch, qui en sort fataliste, désespéré. Il n’empêche, certains titres témoignent d’un changement autrement significatif : L’Ancienne peau est ainsi également explicite : « C’est plus pareil, c’est changé, il y a quelque chose de bougé », illustrant avec des mots choisis « la mue » peut-être, qui a saisi le chanteur lorsqu’il a perdu sa voix, il y a deux ans ?

Généralement affilié à Dominique A (issu du même label Lithium, ayant en commun le chant en français elliptique et une légère tendance au lyrisme), Bertrand Betsch a pourtant écrit quelques chansons importantes du répertoire français (À l’ouverture des miroirs notamment, sur son premier album La Soupe à la grimace). Si ce Pas de bras, pas de chocolat ressemble parfois à un compromis entre plusieurs nécessités, il est certainement aussi un « disque de transition », comme on dit, ou de reconstruction. De ces disques qui font une carrière.