PARTAGER
4
sur 5

L’épreuve que nous infligent les groupes finissant par se parodier se double souvent du spectacle non moins éprouvant d’une presse indulgente se vautrant dans la critique apologétique. On n’a ainsi jamais autant écrit de salades sur les B&S que depuis qu’ils végètent dans l’ombre de leurs premières foulées (Tigermilk, If you’re feeling sinister et la poignée de singles sur lesquels la réputation des Ecossais s’est construite). Des cerbères n’avaient donc pas tardé à contre-attaquer en rédigeant des billets assassins et pleins de mauvaise foi. Bien mal leur en a pris, puisqu’en raillant la supposée inconsistance de la musique de Stuart Murdoch, ils tiraient à blanc en manquant de souligner la constance avec laquelle les B&S racontaient des histoires remarquablement justes et vénéneuses. Sagement, on a donc préféré tourner la page après The Boy with the arab strap et ne garder en mémoire qu’un groupe un peu freak, maniaque et sans doute mal compris, aux lignes claires comme une guitare de chez Sarah, aux voix légères comme des bulles d’air mais à la prose si ambiguë.

Circonstances propices aux meilleures surprises, on n’attendait à peu près rien de The Life pursuit. Certes, ce huitième album sera une piqûre de rappel pour qui aurait oublié combien les textes de B&S sont à la fois ambitieux et borderline : dès son ouverture filant la métaphore chrétienne attaquée à l’acide (Act of the apostle), le disque collectionne les perles en croisant commentaires loufoques (Sukie in the graveyard : « She had a slut slave and his name was Dave / She said ‘Be my photo bitch and I’ll make you rich' »), critique sociale (White collar boy : « You’re a warden’s pet, she’s a screaming suffragette ») et histoires en miroir où l’autobiographie se démultiplie en regards féminins (Dress up in you, balade amère et pleine de tristesse rentrée). Mais ô divine surprise, The Life pursuit, gonflé aux testostérones par Tony Hoffer (Beck, Air) est aussi un disque-tiroirs où un Stuart Murdoch übersexuel et affranchi de ses figures tutélaires 60s, dynamite sa pop en puisant au glam (The Blues are still blue), à la soul et au funk (Song for sunshine). C’est vraiment chouette le spectacle d’un groupe qui ressuscite.